Au fait, ils deviennent quoi les pontes du gangsta-rap ?

Au début des 90’s, le rappeur gansgta adorait haïr l’industrie et les médias. Depuis, n’importe qui admet l’importance de Dr. Dre et de sa descendance dans l’histoire de la musique moderne. Mais qu’en est-il des autres ?

Fin des années 1980 : le vice-président républicain Dan Quayle déclare le gangsta-rap « not suitable for airplay », selon la formule politiquement correcte qui désigne en Amérique les musiques bannies des ondes FM. En cause, des titres qui décrivent un quotidien ultra-violent, des textes explicites (Just Don’t Bite It de N.W.A. décrit une fellation, bruitage à l’appui) et une cruauté verbale inédite. Mais le rap, surtout son versant gangsta, se cogne complet de la bienséance et, un peu comme Stallone dans Une balle dans la tête, martèle qu’il faut parfois outrepasser les règles pour suivre sa propre conscience. Avec le succès que l’on sait : en 1993, le label Death Row s’enorgueillit de ses soixante millions de dollars de bénéfice ; la même année, Dr. Dre et Snoop Dogg caracolent en tête des ventes et raflent presque toutes les récompenses lors de la première cérémonie des Source Awards : « Album de l’année », « Artiste de l’année » et « Producteur de l’année » pour Dre, « Révélation de l’année » et « Meilleurs textes de l’année » pour Snoop, tandis que N.W.A. s’impose comme un symbole d’insoumission, même chez la jeunesse blanche et friquée.

RIP Rap. Seulement voilà : entre embrouilles internes (Ice Cube vs Jerry Heller, Eazy-E vs Dr. Dre, 2Pac vs Dr. Dre) et scandales plus ou moins calculés, le gangsta-rap fait peu à peu des victimes et compte ses morts : Eazy-E perd son duel face au SIDA en 1995, 2Pac s’en va tutoyer le paradis l’année suivante, le producteur Johnny J se suicide en 2008 et Nate Dogg succombe en 2011 à deux attaques cérébrales. Bref, trente ans après 6 In The Mornin’ d’Ice-T, la nation gangsta fait pale figure.
Surtout si l’on ajoute à ces tristes évènements un MC Ren qui peine à retrouver le chemin du grand public, un Snoop Dogg qui ne sait plus s’il a été touché par la grâce de Jah ou par les fesses d’une bitch aux formes rebondies, un Suge Knight qui a visiblement pris une carte de fidélité avec les geôliers des États-Unis, un Yella qui a disparu du circuit, un Ice-T qui joue au bon flic bien docile dans New York, unité spéciale depuis le début des années 2000 ou un Warren G qui tentait en vain l’année dernière de redonner la fièvre à son classique, « Regulate… G Funk Era », sorti en 1994…

Alors, finalement, que reste-t-il de la philosophie gangsta-rap en 2016 ? Il suffit d’écouter les albums de Kendrick Lamar, Schoolboy Q, Vince Staples ou YG pour voir la réponse prendre forme peu à peu. Sous l’œil bienveillant d’un Dre qui n’a rien perdu de sa maestria mais a considérablement élargi son biz pour payer ses impôts, on se rend vite compte qu’une nouvelle génération, plus que jamais ouverte aux différents courants esthétiques, poursuit un même souci de réalité. Et sans doute continue-t-on d’en apprendre bien plus sur la vie à Los Angeles en écoutant ces productions plutôt que les produits formatés d’Hollywood.

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