Acid Arab : "Gagner aux Victoires de la musique ? On ne se fait pas d’illusions."

Trois mois après la sortie de son premier album « Musique de France », Acid Arab vient d'être nommé aux Victoires de la musique, catégorie « Musiques du monde ». L’occasion d’en parler avec Guido Minisky, l'une des têtes pensantes du projet, qui en profite pour revenir sur l’importance de leur transe orientale en France.

La nomination d’Acid Arab aux Victoires de la Musique, tu vois ça comme un aboutissement ou quelque chose d’anecdotique ?

On en est forcément ravis dans le sens où notre travail est reconnu par des institutions prestigieuses, mais on ne se fait pas d’illusions. On a choisi nous-mêmes d’être dans la catégorie « Musiques du monde » plutôt que celle des « Musiques électroniques » parce qu’on estime que nos morceaux proposent une ouverture énorme sur l’extérieur. Mais on sait que ce ne sera pas facile de gagner face à Calypso Rose et Rokia Traoré…

Guido Minisky

Avec toutes les dates que vous faites depuis quatre ans et la réception critique de l’album, tu ne te dis que ce serait normal, après tout, d’avoir cette victoire ?

Ce qui ne serait pas normal, ce serait de la donner à une artiste de Trinité-et-Tobago [rires]. Plus sérieusement, ce serait totalement logique que l’on obtienne ce prix, ne serait-ce qu’au regard de ce que dit notre projet, du discours positif et angélique qu’il renferme.

« On ne peut pas faire comme si la culture arabe ne faisait pas partie de l’identité française. » 

Votre album s’appelle « Musique de France », tu vois ça comme un acte politique ?

C’est un titre ouvert à l’interprétation. On peut bien sûr se dire que c’est normal qu’il s’appelle ainsi, sachant qu’il a été produit en France. Mais on peut aussi se dire qu’il ne peut être autre chose que de la musique de France, de part le brassage culturel qui y est proposé. On est en 2017, après tout, on ne peut pas faire comme si la culture arabe ne faisait pas partie de l’identité française. 

Et pourtant, il y a la montée du FN… 

Si on dialoguait vraiment avec les sympathisants de ce parti, peut-être que l’on pourrait comprendre leurs peurs, leurs craintes, leurs colères. La plupart, on ne les entend jamais dans les médias, leur choix reste un grand mystère pour moi. Par exemple, pourquoi de nombreux villages s’opposent à l’immigration alors qu’ils n’y sont pas directement confrontés ?

« Si tout le monde prônait les mêmes valeurs que celles d’Acid Arab, on vivrait dans le meilleur des mondes. »

Si le FN passe et te demande de jouer pour son investiture, tu réponds quoi ?

Qu’on a la volonté d’être le plus apolitique possible et que, peu importe le parti, on ne jouera pas. Notre discours le plus politique, finalement, c’est l’existence de notre projet. Acid Arab, c’est une extrapolation de la vie : si tout le monde prônait les mêmes valeurs que celles du groupe au quotidien, on vivrait dans le meilleur des mondes.

Tu penses que le groupe aurait une réception différente s’il ne s’appelait pas ainsi ? 

C’est une évidence absolue que le nom a fait la moitié de notre succès. Il fait réagir, sans pour autant nous enfermer. Aujourd’hui, tout le monde a capté que l’on ne fait pas du raï made in France

De ton côté, comment expliques-tu le regain d’intérêt pour ce mélange de sonorités orientales et électroniques ces dernières années ? 

Disons que le point de vue sur ces musiques a complètement changé ces dix dernières années. Quand j’étais ado, personne n’était capable de faire la différence entre musique marocaine et égyptienne. Avec Internet, tout a changé. Des personnalités comme Omar Souleyman ou Ahmed Malek fascinent beaucoup de gens aujourd’hui et ouvrent des portes. Leur rôle est très important parce que ce sont des artistes populaires, qui permettent au public occidental de retrouver certains de ses codes au sein de leurs musiques. Ça crée des liens. Mais ce sont des passeurs dont il faut savoir s’affranchir pour aller découvrir ce qui se produit derrière.

Tu n’as pas peur que le même sort soit réservé à Acid Arab : servir de passeur avant d’être relégué au second rang ?

On sait très bien que notre projet n’est pas voué à s’éterniser. Ça fait quatre ans qu’on tient, qu’on évolue, en n’utilisant plus de samples, par exemple, et qu’on reçoit des éloges partout, tandis que d’autres groupes se font défoncer au bout d’un an. Bon, je commence à recevoir des SMS nous accusant de faire de la musique de bobo, mais ça reste encore gentil. À croire que les gens n’osent pas nous critiquer par peur d’être considérés comme racistes, ah ah ah !

« Musique de France » d’Acid Arab est sorti chez Crammed Discs en octobre dernier.

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