Il y a 40 ans, la compile "From Brussels With Love" plaçait la Belgique sur la carte new wave

Une compilation, sortie en novembre 1980, explique en partie la proximité entre Bruxelles et la scène mancunienne de l'époque, portée par Joy Division et Factory Records.

Rarement citée parmi les œuvres influentes du paysage indie des décennies passées, « From Brussels With Love » fait pourtant partie de ces compilations qui servent de repères, de valeurs refuges, pour avancer dans le noir complet ou simplement repenser à une période magique : le croisement des années 1970/1980, les prémices de la new wave et de tous ces groupes dont l'attitude austère et le groove martial se révélaient être les partenaires idéaux par temps glacial.

L'histoire de « From Brussels With Love » est d'abord celle d'une filiation, orchestrée par Tony Wilson, le grand manitou de Factory Records et de Manchester au cours des années 1970 et 1980. Resté proche d'Annik Honoré malgré le décès de Ian Curtis en 1980 avec qui elle flirtouillait, le Mancunien a alors l'idée de renforcer les liens anglo-belges en créant une sous-division de son label à Bruxelles. Son nom ? Factory Benelux, tout simplement.

Problème : Annik Honoré et son complice, Michel Duval (future pièce maitresse de Delabel et Because), ont envie de développer d'autres projets et, pour ce faire, savent qu'il est nécessaire de se démarquer. Ce dernier, dans un entretien à Brain Magazine raconte : « Comme Tony Wilson ne voulait pas produire autre chose par risque de s’écarter de l’image qu’il avait façonnée, il nous fallait créer une autre structure nous permettant de publier des projets plus personnels et plus locaux. D’où les Disques du Crépuscule : un nom correspondait à l’esprit de l’époque, où régnait en maître le post-punk. Ajoutez à cela la grisaille de Bruxelles et vous comprendrez que tout cela pouvait paraître évident. »

Très vite, une idée émerge dans l'esprit du label belge : produire une compilation en tant que première référence du catalogue. Avec, dessus, une certaine idée du post-punk de l'époque : John Foxx, Brian Eno, The Durutti Column, Martin Hannett ou encore les Belges de The Names, tous ces jeunes gens modernes qui font alors danser la mélancolie dans des mélodies à la fois innocentes et froides, abandonnées au minimalisme, aux guitares incisives et à un chant marqué par ce spleen qui jamais ne s’efface. « Pour nous, c’était surtout le meilleur moyen de faire le portrait d’artistes musicaux qu’on aimait, poursuit Michel Duval. Être éclectique, faire coexister des genres musicaux radicalement différents comme la new wave et la musique expérimentale, c'était super excitant. »

Par la suite, les Disques du Crépuscule publiera d'autres compilations, environ une par an, mais c'est bien la première du genre qui marque les esprits. Il y a déjà ce nom de matricule, TWI 007, en référence à James Bond, dont l'équipe est fan. Il y a également cette démarche, foncièrement intellectuelle - avant de produire des albums hip-hop dans les années 90 (« 3x plus efficace » des 2Bal 2Neg, la B.O. de Ma 6-T Va Crack-er), le label a surtout publié des bandes-son d’opéra et de la musique minimaliste, héritée d’Erik Satie, dont on retrouve ici l'influence des titres comme Piece For An Ideal de The Durutti Column ou The Shadow Garden de Bill Nelson.

Enfin, il y a cette pochette réalisée par Benoît Hennebert, dans la lignée de ce que propose au même moment Peter Saville au sein de Factory Records, tellement belle qu’elle sera saluée jusqu’en Angleterre. Notamment par le journaliste anglais Paul Morley, qui y voit la preuve que « la pop pouvait alors être de la poésie moderne ».

Dans la foulée, c'est toute la scène musicale belge qui prend forme et traverse l'Europe : Radio Romance, Thick Pigeon, Fats Garden, Marine, Digital Dance, The Names ou encore Lavivi Ebbel. Avec, comme point de ralliement, le Plan K, une ancienne raffinerie reconvertie en salle de concert où performent Joy Division, A Certain Ratio, Tuxedomoon, Orange Juice et même William Burroughs. « L'atmosphère du club était très stimulante, singulière, un peu new-yorkaise, sensuelle et intello à la fois », dit Michel Sordinia dans une interview à Vice. Avant de conclure : « Une bulle parfaite. »

Une bulle parfaite : voilà exactement ce qu’était Les Disques du Crépuscule, qui profitait de la sortie de « From Brussels With Love » pour surfer sur les tendances d'une époque certes, mais surtout pour offrir une sortie de secours à des milliers d'auditeurs en quête de plaisirs inconnus.

Pour info, il est toujours possible de commander la compilation sur le site du label.

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