Voici les 10 meilleures mixtapes du rap français

Deux mois après la sortie de « QALF » de Damso, deux nouvelles mixtapes s’apprêtent à marquer l’année rapologique francophone. L’une est solitaire (« MP3 + WAV » de Sean), l’autre est collective (« Don Dada Mixtape » d’Alpha Wann et son crew), mais toutes les deux rappellent l’importance de ce format au sein de l‘histoire du rap français. Les dix mixtapes ci-dessous en attestent.

Artiste : IAM

Mixtape : « Concept »

Année : 1990

Un statut de « première mixtape du rap français », un tirage limité à 300 exemplaires, un projet mixé par Massilia Sound System, enregistré en une semaine dans l’appartement de Kheops et voué à mettre sur les rails la carrière d'IAM : personne ne le sait encore en 1990, mais « Concept » est destiné à devenir culte. Pour toutes les raisons à peine évoquées, mais aussi parce que l'on sent déjà un véritable parti pris de la part des Marseillais : des textes interprétés en français et en anglais, des productions basées sur des samples de musiques africaines et, déjà, ces morceaux fleuves (Akhenaton, placé en conclusion).

Cerise sur le ghettoblaster : c'est Joey Starr en personne qui amènera quelques exemplaires de la cassette sur Paris, un an avant qu'IAM ne publie son premier véritable album « ... De la planète Mars » qui impose d'office la cité phocéenne sur la carte du hip-hop français.

Artiste : DJ Clyde 

Mixtape : « Volume 1 »

Année : 1994

Traditionnellement, la mixtape a deux objectifs : promouvoir de nouveaux artistes et être diffusée à même la rue, au plus près de la population, en marge des circuits traditionnels de diffusion. Populaire aux États-Unis, le phénomène trouve en quelque sorte sa plus belle (car sa première) déclinaison dans « Volume 1 » de DJ Clyde (ex-membre DJ d'Assassin ou NTM), où il mixe directement sur cassette des vinyles importés d'Amérique. Biggie, Method Man, Gravediggaz encore Pete Rock rencontrent ainsi un écho auprès du public français, alors en prise directe avec le son américain.

Artiste : Cut Killer 

Mixtape : « Mixtape n°10 : Freestyle »

Année : 1995

En 1995, Cut Killer n'est déjà plus un petit jeune : il vient de tourner une scène dans La Haine, il a accompagné MC Solaar en concerts, scratché sur l'album solo d'Akhenaton et, surtout, vient de réaliser neuf mixtapes sur lesquelles on retrouve petit à petit des freestyles de rappeurs français pas encore signés (La Cliqua, Lunatic, Fabe, etc.). Pour la dixième, il décide de faire encore plus fort en consacrant l'intégralité du projet aux 16-mesures de la fine fleur du rap hexagonal. D Abuz System, Timide et Sans Complexe, Ménage à 3, Beat 2 Boul, tous viennent poser sur des instrumentaux américains à l'occasion de cette « première K7 freestyle de rap français », et tous entrent dans l'histoire.

Artiste : DJ Poska 

Mixtape : « What’s The Flavor ? 25 »

Année : 1997

À l'instar de Cut Killer, DJ Poska multiplie lui aussi les propositions au cours des années 1990. Pour la 25ème du nom, inspiré par la démarche de Tony Touch outre-Atlantique, il souhaite ainsi convier 50 rappeurs à poser sans pause, ni cuts, sur différentes instrus. Au menu, Busta Flex, Oxmo Puccino, Time Bomb, Futuristiq, Casey ou encore la Scred Connexion : tous ces artistes défilent pendant trois mois pendant que DJ Poska mixe le tout, impressionné par le niveau affiché.

« Le dernier à faire son freestyle est Ill, racontait-il à l’Abcdr du son, fier d’avoir pu assister à la performance du rappeur des X-Men. Il a plié tout le monde. Il est arrivé, a rappé son truc avec une aisance incroyable, et termine pile au même moment que l’instru. Tout en one shot et dès la première prise. Ça a retourné le studio. Le plus ouf, c’est qu’à la base, il ne se sentait pas trop de poser. »

Artiste : Lord Issa & DJ chester (Intro DJ Cream)

Mixtape : « Opération Coup de Poing »

Année : 1997

Si les maisons de disques ont fini par venir piocher leurs nouvelles pépites au sein des mixtapes, c'est aussi parce que certaines d'entre elles réunissaient les plus fines gachettes du rap français. « Opération Coup de Poing », par exemple : il y a l'écurie Time Bomb, alors à son apogée, Ärsenik, Fonky Family ou encore la Mafia K'1 Fry, encore balbutiante. Dans la foulée, la mixtape produite par passe passe & 360 devient la plus vendue de l'histoire (entre 15 000 et 20 000, selon les sources) et donne des idées aux labels, désormais persuadés de pouvoir développer diverses compilations collectives.

Artistes : Bots & DJ Cream

Mxtape : « Nique la musique de France »

Année : 1998

Il suffit de voir la réaction de Jacques Martin après la prestation de Mc Solaar (renommé « Mac Solaar » par le présentateur) pour comprendre la façon dont était perçu le rap français dans les années 1990 - ça n'a pas totalement changé aujourd'hui, mais c'est un autre sujet. « Nique la musique de France » naît ainsi en réaction à cet accueil hostile et réunit peu ou prou les mêmes artistes qu'« Opération Coup de Poing », presque tous signés sur des majors à présent.

L'avantage ? Il y en a même deux. Un : regrouper des a capellas non utilisées par les artistes pour les mixer à des productions américaines. Deux : participer à l'éclosion de nouvelles têtes comme Rohff, L'Skadrille, Mystik ou encore Less Du 9.

Artistes : James Delleck & Teki Latex

Mixtape : « L'Antre de la folie »

Année : 2000

Alors qu'à New York, une nouvelle scène rap fomente depuis quelques années une révolution aussi bien dans le son que dans l'esthétique (Dr. Octagon, Mos Def, etc.), la riposte française s'organise début 2000. Aux commandes : James Delleck et Teki Latex, qui parviennent en un coup de tocsin à réunir les futurs grands noms de la scène dite « alternative » : Fuzati est là, La Caution, Cyanure et Triptik également, tandis que la présence de TTC s'impose d'elle-même et que celle de Grems se fait plus discrète, l'auteur de « Algèbre » rappant alors sous le pseudo Super Micro.

Le tout sur le label de Mouloud Achour (Kerozen Music), l'une des rares structures réellement indépendantes de l'époque. Mais surtout la seule à oser consacrer un budget à une compilation sur laquelle on trouve une imitation de Brassens, une improvisation sur le cassoulet, une relecture décalée du son g-funk (Wessydeg's), un hommage à Scooby-Doo et un tas de beats déstructurés. Loufoques pour certains, futuristes pour les autres.

Artiste : Rohff

Mixtape : « Le Cauchemar du rap français »

Année : 2007

À force de s'incruster sur toutes les mixtapes et les freestyles des années 1990, y compris lorsqu'il n'était pas invité, il fallait bien que Roh2f finisse par marquer les esprits avec ce format. 2007 semble être l'année idéale : le rappeur de Vitry est alors au sommet, il a tour à tour posé ses fesses sur l'Arc de Triomphe et la France (si si, allez checker les pochettes de son album !), et illumine chaque projet où il daigne se manifester.

« Le Cauchemar du Rap Français », réalisé aux côtés de DJ Mosko, en atteste : durant près de 80 minutes, Rohff rappelle qu'il est à son meilleur quand il fait fi des concessions, qu’il s’affiche en prise directe avec la rue et les grands classiques du rap américain ; Cypress Hill, Dr. Dre et même Rick Ross, dont il reprend le Push It, lui-même basé sur un sample du Push It To The Limit composé par Giorgio Moroder pour la B.O. de Scarface. Ceux qui connaissent l’œuvre du double F savent à quel point ce genre de détail a son importance.

Artiste : Booba

Mixtape : « Autopsie vol.3 »

Année : 2009

À travers la série de mixtapes « Autopsie », B2O n'a pas seulement proposé une version plus brute de son rap, il en a également profité pour mettre en lumière un certain nombre de rappeurs, inconnus ou injustement méconnus du grand public : Dosseh, Shay, Kaaris, etc. Le troisième volume ne déroge pas à la règle, mais propose également d'autres jolies trouvailles : un remix de Salade, tomates, oignons par Yuksek, un solo de Seth Gueko et Despo Rutti, un duo avec Mac Tyer et un banger de la trempe de Double Poney - pas étonnant dès lors que « Autopsie vol.3 » soit devenue la première mixtape française à être certifiée or.

Artiste : Vald

Mixtape : « NQNT 2 »

Année : 2015

Un an après la sortie de « NQNT », porté par le succès d’Autiste ou Shoot un ministre, Vald passe la deuxième avec « NQNT 2 », une mixtape où le style du rappeur d'Aulnay-sous-Bois s'affine peu à peu - c'est aussi l'époque où se brouille clairement la frontière entre un album et ce type de format.

Il serait tentant, bien sûr, de limiter ce projet à ces deux singles (Bonjour et Selfie), tour à tour drôles et coquins, mélodiques et riches en second degré, mais « NQNT 2 » contient bien d'autres pépites : les productions denses de BBP, l'autodérision de Barème, la petite interview de Houellebecq placée l'air de rien, et tous ces textes qui, entre théories complotistes et rimes profondes, servent l'interprétation de Vald, variée et presque théâtrale par instants. On est alors deux ans avant son premier album, « Agartha », et le rappeur a déjà réussi le plus dur : composer l'une des mixtapes les plus iconiques de la décennie 2010 et crédibiliser sa démarche auprès d'un plus large public.

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