15 ans après, "First Impressions of Earth" des Strokes est-il toujours incompris ?

Après un deuxième album reçu avec méfiance par la critique, les New-yorkais reviennent aux affaires en janvier 2006 avec un troisième disque ambitieux. Une évolution, oui. Une folie ? Peut-être pas. Quinze ans pile après tout ça, on fait le point.

Aujourd’hui, « First Impressions of Earth » ressemble à l’une de ces boites à souvenirs que les gamins enterrent pour les retrouver une fois adultes : en l’ouvrant, on est transporté vers un certain rock des années 2000, dont The Strokes est une sorte de pionnier. Il y a ces mélodies saturées de guitares (Ize Of The World, Electricityscape), ces riffs courts, ces hymnes pop (You Only Live Once ou Razorblade), et ces inclinaisons synthétiques qui, en quelque sorte, annoncent les digressions outrancières du premier album des Voidz - l’autre formation de Julian Casablancas.

En 2006, pourtant, alors qu'une génération d'artistes new-yorkais explorent des mélodies étranges (Animal Collective, LCD Soundsystem), ces nouvelles tentatives laissent une part du public perplexe. L'absence de guitares sur Ask Me Anything fait jaser. La production de David Khane - le type qui a produit Walk Like An Egyptian des Bangles - également. À commencer par Casablancas lui-même, qui finit par regretter l’omniprésence de sa voix, la densité du son, mais aussi les émotions contradictoires qu'il génère.

Au moment d'entrer en studio, nul doute que les New-yorkais étaient frustrés par la réception de « Room On Fire », un deuxième album mal aimé, car moins immédiat qu'« Is This It », plus torturé et cynique. Si bien que l’on sent sur « First Impressions of Earth » la volonté de renouer avec l’urgence du premier LP.

Seulement, la situation n’est plus la même : Casablancas occupe de plus en plus de place lors des sessions, Albert Hammond Jr. bosse en parallèle sur son premier album solo (« Yours To Keep »), le quintet est désormais attendu au tournant (le magazine Magic va même jusqu’à leur accorder la couverture d’un numéro, les considérant comme des « golden boys »), certaines pop-stars tentent de copier leur son (notamment Kelly Clarkson, avec Since U Been Gone, produit par Max Martin), tandis que les paroles se veulent toujours plus désenchantées, comme plombées par les attentes irréalistes des fans. « I hate them all, I hate them all / I hate myself for hating them / So drink some more / I’ll love them all / I’ll drink even more / I’ll hate them even more than I did before », entend-on résonner sur On The Other Side.

D'un côté, « First Impressions of Earth » est donc une semi-déception, écoulé tout de même à plus d'un million d'exemplaires - contre plus de 2 millions pour « Is This It ». C’est le cri de douleur d'un groupe qui, après neuf mois de studio, souhaite évoluer vers un son plus lourd, plus costaud, et accueille alors dans son sillage une flopée de kids agités, bien décidés à faire trembler les foules avec leurs guitares ciselées - Arctic Monkeys, en tête. D’un autre, qui semble tout aussi juste, ce troisième long-format est aussi le disque le plus varié des Strokes.

Celui où Nick Valensi laisse deviner quelques sonorités piquées au grunge (Juicebox) ou au metal (Vision Of Division), celui où le son des New-yorkais explose de toutes parts, dans des structures mélodiques violemment accrocheuses. Notamment le temps de 15 Minutes, une complainte tourbillonnante qui n'a guère d'équivalent dans la discographie des Strokes.

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