« ULTRA » est l’ultime album de Booba, et c’est sûrement une bonne nouvelle

Partout, Booba a annoncé que ce serait son dixième et dernier album. Partout, il a clamé que les autres rappeurs étaient à la traine, qu'il est bien le numéro 1 en France. Au point de faire de « ULTRA » un classique instantané ? Pas si sûr.

Cela commence à faire quelques années que Booba s'ennuie. Avec son égocentrisme maladif, ses bisbilles de collégien bousculé dans son ego et ses menaces envers des journalistes, cela fait également quelques temps qu'il nous ennuie - par instants, du moins. On se dit parfois qu'il n'est plus que l'ombre de lui-même, plus occupé à célébrer sa fabuleuse réussite qu'à chercher à se réinventer. À l'écoute d'« ULTRA », on se dit aussi que si B2O ne prend plus de risque, c'est peut-être parce qu’il maitrise mieux que personne cette poétique de la luxure, ce rap testostéroné, systématiquement taquin et riche en mégalomanie nuancée. « Humble dans mon arrogance », comme il dit.

Dans une interview récemment accordée à Brut, Booba s'est moqué du dernier long-format de Jay-Z, « 4:44 », prétextant qu'il est « tout pourri, personne ne l’écoute ». Libre à lui de ne pas y être réceptif, ce n’est pas la question. Le problème, c’est que B2O se retrouve dans la même position que Jigga en 2017 - « ULTRA » est son ultime album, il a été (sur)vendu comme tel - et qu’il n’en profite jamais pour tracer de nouvelles lignes de fuite, s'essayer à d'autres flows, etc. Vue sur la mer, L’olivier ou Bonne journée sont ainsi autant de morceaux sur lesquels il se contente de faire dans le fan service, recyclant des recettes testées avec plus de maitrise et de réussite par le passé.

« J'arrêterai quand il le faut, je ne ferai pas l'album de trop », rappait-il en 2008. On n’ira pas jusqu’à prétendre qu’il vient de donner tort à ce propos - VVV, Mona Lisa ou Azerty, dans deux styles différents, renferment quelques fulgurances -, mais force est de constater que peu de morceaux d'« ULTRA » dominent l’histoire. Et surtout pas Graine de sable, qui tend un peu trop vers la variété française, la discographie d'Hélène Ségara et de tous ces artistes qui étalent leurs peines de cœur dans des chansons larmoyantes, sans aucune nuances - là où Petite fille en 2017, avec son clin d'œil à Mistral gagnant de qui vous savez, avait quelque chose de plus subtil.

La vérité, c’est que l’on aimerait que Booba s’abandonne à quelques moments plus personnels, dépourvus d'esbroufe, comme pour mieux toucher à l'intime. On garde ainsi en mémoire Si c'était le dernier, ultime complainte de Diams, qui signait ses adieux à la musique de la plus belle des manières en 2009. À défaut d’être généreux en confessions intimes, qu’il laisse volontiers à une génération de rappeurs biberonnés à ses classiques (Dinos, Nekfeu, Josman), B2O sait au moins soigner ses entrées.

Par le passé, il y avait Tallac, Temps mort ou Walabok. Il y a désormais GP, énième banger guerrier où Booba se fiche d'un prétendu message, préférant à cela rimes salaces et punchlines défiantes : « J'respecte pas les nouveaux, ni les anciens, je suis l'ancêtre / Sauvage comme l'ancienne RDA, la route pavée de traîtres ».

La suite, malheureusement, laisse davantage sceptique. D’un côté, il y a ces piano-voix qui manquent de profondeur et cette utilisation parfois vulgaire de l’autotune, tandis que les productions n’offrent que rarement à son verbe nourri de désinvolture un attrait supplémentaire. De l’autre, il y a cette joie d’entendre Booba évoluer aux côtés de ses nouveaux protégés (Bramsito, Gato, Maes, JSX), ce petit hommage à son ancien comparse de Lunatic (« Ne vous méprenez pas, c’est A.L.I le 667 ») et toutes ces fois où il assume ses bravades et sa grossièreté, appuyant avec délectation là où ça fait sale.

Même si, on en convient aisément, cette façon de se jouer des « raclis » (« J'suis disponible qu'après minuit, tu es très jolie / Mais y aura pas d'p'tit déj' au lit, comme ça, c'est dit ») ou de vouloir « niquer de bon cœur » les mères du monde entier, le plus souvent dans d’étonnantes positions, peut faire sourire. Surtout de la part d’un rappeur de 44 ans...

Banal pour un artiste de cette stature mais suffisamment calibré pour être massivement streamé - neuf des titres de l'album occupent le Top 10 Spotify depuis vendredi -, « ULTRA » n’est finalement que la mise en abyme de Booba, par lui-même et pour lui-même. « J’suis tellement loin, le futur est derrière moi », fanfaronne-t-il. Il n’y a pourtant rien de foncièrement inédit à l’écoute de ces quatorze nouveaux morceaux, pas même dans les titres balancés ces dernières semaines : à l’image de Rapti World, qui reprenait le sample de Barbie Girl d’Aqua, cinq ans après Jul…

Autant de raisons qui incitent à considérer « ULTRA » comme un disque efficace, (trop ?) bien pensé et abouti, mais paradoxalement très ennuyant. Ce dont Booba se fiche probablement royalement : « J'ai ma paire de Gucci aux pieds, c'est tout c'que j'sais ».

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