So long, Leonard

Après avoir fêté ses 82 ans le 21 septembre dernier et sorti un éblouissant quatorzième album studio, le chanteur canadien s’est éteint le 10 novembre 2016 à Los Angeles.

Dès son premier album, « Songs of Leonard Cohen » (1967), il a imposé sa singularité. Son âge (plus de la trentaine à l’époque) était déjà préhistorique, sa voix (rauque, devenue d’outre-tombe il y a quelques décennies) et son écriture étaient d’une poésie évidente, digeste. Le chanteur cultivait les terres européennes, orientales ou américaines du désir sans fin, de la foi quelle qu’elle soit et d’un passé qui n’est jamais vraiment mort. Jusqu’il y a peu, il se produisait encore sur les scènes du monde entier pour des concerts de trois heures qui passaient en deux minutes. Vieillissant sans s’effondrer, évitant l’écueil du vieux singe qui fait la grimace, faisant honneur à sa légendaire élégance – du chapeau à son exquise politesse, Leonard Cohen réussissait à avoir des fans de tous âges, de toutes nationalités, de toutes religions et de toutes confessions musicales confondues. C’est en tant que poète qu’il s’était fait connaître, au début des années 1960. Souvent comparé à Dylan, lui aussi aurait pu remporter le Nobel.

« Mon père est décédé paisiblement dans sa maison à Los Angeles en sachant qu’il avait signé ce qu’il considérait comme l’un de ses meilleurs albums », déclarait ce matin Adam Cohen à l’édition américain de Rolling Stone. En effet, « You Want It Darker«  est une merveille mélodique de bout en bout où, de sa voix caverneuse, Cohen rappelle à tous qui est le boss de la chanson toutes catégories, voire inclassable. Il nous annonçait aussi sa mort à venir, non seulement en écrivant à son amour de jeunesse Marianne (récemment décédée) qu’il allait bientôt la rejoindre, mais aussi dans le premier morceau qui porte le même nom que l’album, You Want It Darker :

« Me voici, me voici /Je suis prêt mon Seigneur/ Magnifié, sanctifié, soit ton Saint nom / Vilipendé, crucifié, dans l’enveloppe humaine / Un million de bougies qui brûlent pour une aide jamais venue / Tu veux que ce soit plus sombre / Tuons la flamme. »

Comme Bowie l’avait fait avec le brillant « Blackstar », décédant quelques jours avant la parution de son disque, Cohen a livré, une poignée de semaines avant sa disparition, un testament musical de haute voltige. Amen.

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