Pour les 20 ans de « The Miseducation  », Lauryn Hill repart en tournée

Oubliez la panne créative et les problèmes judiciaires, Lauryn Hill laisse derrière elle tracas et rumeurs afin de célébrer les vingt ans de son premier album solo lors d’une tournée aux US. L’occasion de (re)plonger dans un disque toujours aussi pertinent en 2018.

Happy birthday. Au-delà d'être une nouvelle astuce pour engendrer des bénéfices et d'entretenir la pérennité du catalogue d'un artiste, les tournées-anniversaires sont aussi (et avant tout) le moyen de se rappeler le bon souvenir d'albums cultes. « The Miseducation of Lauryn Hill », par exemple, ce disque que son auteure considère aujourd'hui comme « la somme de la plupart, sinon la totalité, de mes émotions les plus positives et les plus optimistes vécues à cette date ».

Avant d’ajouter : « Aujourd’hui notre monde, à la fois complexe et changeant, a besoin de l'équilibre entre la force morale et l'expression cathartique. J'espère que l'amour et l'énergie qui ont imprégné ce travail pourront continuer à inspirer le changement, avec l'amour et l'optimisme aux commandes. »

Soul pleureur. De l'optimisme, on n'en trouve pourtant que très peu sur ce premier album solo de Lauryn Hill, dont le titre s'inspire d'une nouvelle autobiographique de Sonny Carson, un jeune Afro-américain à la personnalité troublée. Il faut dire que Lauryn Hill est alors en pleine crise mystique. Elle est belle, elle est jeune, elle est riche et adulée aussi bien par la critique que par le grand public, mais l'ambiance au sein des Fugees la plombe visiblement. Elle en parle sur I Used To Love Him, et c'est bouleversant.

Tourner la page. Un temps, Wyclef Jean lui propose tout de même ses services pour l'enregistrement, mais Lauryn Hill, qui vient alors de collaborer avec Aretha Franklin et Whitney Houston, refuse. « The Miseducation of Lauryn Hill », c'est son disque, l'œuvre intime (To Zion est dédié à son fils, qu’elle a eu avec un des nombreux fils de Bob Marley) d'une artiste qui sait s'entourer (D'Angelo, Mary J. Blige, Carlos Santana ou encore le tout jeune John Legend), qui souhaite prôner l'amour aux plus jeunes (les interludes du poète Ras Baraka) et redonner de nouvelles couleurs à la soul, rarement aussi ténébreuse et arrogante, puissante et vulnérable qu'au cœur des complaintes de Lauryn Hill.

Records. On est alors deux ans après l’énorme succès de « The Score », et l'Américaine n’en finit pas de séduire le monde entier : aux Grammy Awards de 1999, elle est même nommée dans dix catégories (une première pour une artiste féminine), et en remporte cinq (une première également), dont ceux du « Meilleur album de l’année » et du « Meilleur album R'n'B ». Un tour de force suffisant pour que le Times l'affiche en une d'un numéro censé comprendre l'impact du hip-hop (car oui, il y a du hip-hop dans ce disque) aux États-Unis.

Radical. Ce monde, culturel et social, Lauryn Hill le vomit pourtant sur « The Miseduction... », le considérant comme plombé par les « vertiges du matérialisme et de la violence ». Pour s’en sortir, elle fait donc appel à la religion (« Chaque homme doit s'agenouiller et se repentir », chante-t-elle), prône un engagement radical et déroule une œuvre qui, non seulement connaît ses classiques (on entend une réappropriation du Light My Fire des Doors, une reprise de Can’t Take My Eyes Off You et un Nothing Even Matters que n’aurait pas renié Roberta Flack), mais se révèle aussi être un monument de raffinement. Son impact, vingt ans après sa sortie, en est certainement le témoignage le plus éclatant.

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