Le "Kid A" de Radiohead a 20 ans : histoire d’un disque disruptif

Leur « OK Computer », sorti 3 ans plus tôt, fut comparé à « The Wall » de Pink Floyd. Mais quand « Kid A » sort finalement en octobre 2000, il faut bien admettre que les Anglais de Radiohead entrent dans une autre dimension et composent ce qui reste, 20 ans plus tard, un « Sgt Pepper » électronique. Retour en arrière.

Nul ne sait si le petit Emmanuel Macron, 23 ans à l’époque des faits, a usé le quatrième album de Thom Yorke et ses copains (et on en doute, il est surtout fan d’opéras). Mais le moins qu’on puisse dire est que Radiohead a su être disruptif avant même que le mot n’existe. Pourquoi débuter ce papier par cela ? Parce que, quand sort « Kid A » le 2 octobre 2000, c’est une petite déflagration.

Lessivés par le succès mondial du disque précédent, « OK Computer », fatigués un peu aussi des guitares qui les suivent depuis leurs débuts en 1993, les rockeurs de Radiohead se pointent finalement dans les bureaux de leur label en annonçant que le nouvel album n’aura pas de single. « Pas de single ? », s’étrangle les responsables. Pas de single. « Et quoi d’autre ? » Pas de guitare. « Pas de guitare ? » Là, c’est l’apoplexie.

Cela dit, Radiohead avait déjà fait le coup sur l’album « The Bends » où ils se moquaient de leur plus gros tube mondial, Creep, en promettant qu’on ne les y reprendrait plus. Pour « Kid A », le refus de toute exploitation commerciale est encore plus ambitieux. Et à la grande surprise des hommes en costume de chez Parlophone, « Kid A » va rapidement trouver sa place dans le nouveau millénaire. C’est, finalement, la meilleure réponse aux angoisses du bug de l’an 2000.

Que trouve-t-on sur "Kid A" ? D’abord, un Thom Yorke moins plaintif que d’habitude, plus dans la confession susurrée que dans la jérémiade, et c’est apaisant. Ensuite – et presque surtout – l’album contestataire remet en question l’idée selon laquelle un groupe serait inscrit dans un seul genre musical : synthés, boites à rythme, saxophone. On est désormais loin des débuts du groupe débraillé : place à du rock intello qui ne découragera pas les fans. Pour rappel, le disque s’écoulera à 55 000 exemplaires le jour de sa sortie rien qu’en Angleterre (soit plus que les 9 autres albums du top 10 combinés). Preuve que cette révolution artistique est tout sauf un feu de paille, « Kid A » gagnera le trophée du Best alternative album aux Grammy 2001.

Enregistré à cheval entre Paris, Copenhague et Oxford, « Kid A » est un album qu’on réécoute, vingt ans plus tard, avec un plaisir renouvelé. Le groupe a d’ailleurs profité de cet anniversaire pour dévoiler une extended version de Treefingers, ce titre qui emmenait Radiohead sur les terres de l’ambient. On soulignera également toute la beauté des titres comme Morning bell, avec Yorke quasi seul sur son clavier vaporeux, ou Optimistic, qui annoncera sans le savoir la suite de la carrière de ces gilets jaunes du rock.

Pour conclure, Radiohead s’est certainement relancé pour au moins vingt ans grâce à « Kid A ». Si l’album, délesté de ses guitares, donna certainement des infarctus aux amateurs d’indie rock, il y gagna un nouveau public sans se fourvoyer dans la compromission artistique. Plus radical que jamais, influencé par le best seller No Logo de Naomi Klein, mis en forme par Stanley Donwood, graphiste attitré du groupe, ce quatrième album reste un must have qui prouve qu’on peut se réiventer et s’amputer pour la bonne cause, sans rien céder au commercial. The Strokes, de retour en 2020 avec un premier single sans batterie pour attester de son prétendu renouveau, n’aura pas eu la même chance. Les retours gagnants ne sont pas à la portée de tout le monde.

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