Et si Billie Holiday était la première icône féministe ?

La question peut paraître révoltante, elle ne l'est finalement pas plus que la vie de l'Américaine, condamnée à tous les excès et parfaitement expliquée par le documentaire de James Erskine, qui vient de sortir.

Il y a deux façons de résumer la vie de Billie Holiday, deux regards intimement liés. D'un côté, la musique : un statut de première femme noire dans un groupe blanc (l'orchestre d'Artie Shaw), une voix à faire chavirer les cœurs, des classiques de la trempe de Strange Fruit qui évoque le lynchage des Afro-Américains dans le Sud des États-Unis, et la fierté d'être l'artiste noire la mieux payée des années 1940 - ce qui ne l'a pas empêchée de finir sa vie fauchée (avec 750 dollars en poche), ni d'être consciente de son sort : « Je suis rapidement devenue une des esclaves les mieux payées de la région, je gagnais mille dollars par semaine, mais je n'avais pas plus de liberté que si j'avais cueilli le coton en Virginie. »

De l'autre côté, on peut aussi évoquer les tragédies personnelles : une mère prostituée, des liaisons chaotiques, des dépendances à l'alcool et à l'héroïne, un séjour en prison pour possession de stupéfiants et diverses humiliations raciales.

Cette vie, rythmée par la mélodie et les drames, a déjà été relatée en longueur par Billie Holiday en personne, dans une autobiographie (Lady Sings The Blues) parue peu de temps avant son décès, survenu en 1959. Billie, dans sa forme documentaire, permet toutefois d'apporter un nouvel éclairage sur le parcours chaotique de l'Américaine, ne serait-ce que parce qu'il se base sur plus de deux cents heures d’entretiens, réalisés dans les années 1970 par la journaliste Linda Lipnack Kuehl auprès d'anciens amants, de proxénètes, de musiciens et même d'agents du FBI.

Le documentaire de James Erskine est aussi l'occasion de se rappeler que, de All Of Me à Body And Soul, Lady Day, pour reprendre les mots de Tony Bennett, « ne chantait rien sans l'avoir vécu ». Sans jamais céder pour autant à l'auto-apitoiement. Oui, Billie Holiday parle sans retenue de dépendance, de douleurs ou de soumission à l'être aimé, mais elle le fait systématiquement pour inviter l'auditeur à en ressentir les plaies, comme s'il s'agissait pour elle de transformer l'obscène en des morceaux qui déclinent à l’envi les différentes expériences d’une femme qui aura passé sa vie à combattre.

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