Comment Kurt Cobain est devenu une influence majeure pour les rappeurs

Ce week-end, Post Malone donnait un concert hommage à Nirvana. Cela a permis de rappeler l'impact toujours plus retentissant de Kurt Cobain au sein du hip-hop américain. Et, non, celui-ci ne se limite pas à quelques t-shirts fièrement portés.

Il est toujours fascinant de voir à quel point une musique écrite par un gars tourmenté à Seattle, au début des années 1990, peut traverser les époques et rencontrer un véritable écho chez une génération de rappeurs qu’à priori tout oppose : les codes, les valeurs, la musique, etc. Peut-être encore plus que les hymnes libérateurs et universels de Nirvana, ce sont la personnalité et la vie de Kurt Cobain qui semblent avant tout fasciner Travis Scott et Kid Cudi, ou encore Lil Nas X et Post Malone, deux rappeurs même pas nés au moment du décès de l'icône rock.

Tout se passe comme si l'ex-leader de Nirvana était devenu l’incarnation du mal-être, d’une vie passée à contrecœur sous la lumière des projecteurs, du martyre rongé par le spleen. « R.I.P Kurt, I love your beautiful soul to death », écrivait même sur Instagram Trippie Redd l'année dernière, tandis que Denzel Curry, en 2018, dévoilait Clout Cobain, comme pour rappeler que, si les époques et les sociétés évoluent, il est toujours aussi difficile de gérer le succès.

Les raisons de cette admiration ne peuvent se limiter aux diatribes de jeunes garçons narrant leur inadaptabilité au monde dans des morceaux aussi ténébreux que malsains. À l'image de XXXTentacion qui, foncièrement impudique, racontait tout dans ses chansons : ses envies de suicide comme son passé criminel ou sa quête de rédemption. En réalité, l’influence de Kurt Cobain sur le hip-hop s’explique probablement de trois façons.

Un : sa musique, DIY, sincère et spontanée, finalement composée de la même façon que celle envisagée par Lil Wayne ou Lil Peep, dont les morceaux sont teintés d'éléments punk et grunge.

Deux : son mythe, forcément inspirant, tant il renvoie à une mort tragique (« Ma couleur préférée est le rouge / Comme le sang versé par la tête de Kurt Cobain quand il s'est suicidé », rappait déjà Eminem en 1999).

Trois : ses addictions, semblables à celles d’une génération troublée, qui compte ses morts (Mac Miller, Juice WRLD) et ses rappeurs regroupés sous l’étiquette « emo-rap » ($uicideboy$, Lil Uzi Vert).

Aujourd'hui, faire référence au leader de Nirvana est donc une façon de questionner sa place dans le monde, de tisser des liens avec le passé (Panini de Lil Nas X et sa ligne mélodique directement inspirée de celle d'In Bloom), mais aussi de se revendiquer aux yeux de tous autrement que comme de simples rappeurs : « J’aime me considérer comme un artiste. Je fais du rock alternatif, en passant par l’indie mélancolique jusqu’au rap old school », précisait XXXTentacion.

C’est aussi confirmer, d'une certaine façon et même indirectement, que certains sentiments sont universels, très souvent intemporels. Que s'il était logique qu'un jeune homme torturé se serve du rock comme d'un exutoire au croisement des années 1980 et 1990, il l'est tout autant de voir une nouvelle génération utiliser le rap comme médium de ses angoisses intimes en 2020.

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