Qui es-tu Beabadoobee, toi la petite cousine grunge d’Avril Lavigne ?

Aucun lien de parenté entre les deux artistes, mais l’une est en quelque sorte l’incarnation 2020 de l’autre. Avec des chansons estampillées « rock FM » et une attitude grunge-skateuse-MTV, la Philippino-Britannique de 20 ans nous replonge quelques années en arrière. Et c’est une bonne nouvelle pour les jeunes en quête de posters à afficher dans la chambre.

Vous n’avez peut-être jamais vu sa bouille triste mais il n’est pas impossible qu’une ou deux chansons de Beabadoobee (Bea Kristi de son vrai nom) soient arrivées jusqu’à vos oreilles. Si vous êtes fan du groupe indie Pavement, elle a notamment écrit un titre en hommage à son leader intitulé I Wish I Was Stephen Malkmus, qui termine sur l’EP « Space Cadet » en 2019. Son style, son univers, son image : tout est figé entre 1995 et 2003. Elle ne s’en cache pas : « Il y a quelque chose dans la culture des années 1990 que je trouve cool et intéressant », a déclaré la jeune femme au site The Forty Five. Avec les disques de Sonic Youth, des Pixies, des Smashing Pumpkins, de Pavement, de My Bloody Valentine et des Cocteau Twins dans le baladeur, c’est donc ces esthétiques indie-rock qui remontent à la surface quand elle commence à écrire ses premières chansons. 

Bea est née à Iloílo aux Philippines avant de déménager dès l’âge de 3 ans pour rejoindre sa mère, infirmière, qui a posé ses valises à Londres. À l’école, il n’y a pas beaucoup d’autres filles d’origines asiatiques, et ça se passe mal. Elle se met à prendre de la drogue, apprend la gratte avec des tutos d’Elliott Smith, déprime, compose ses premiers morceaux en 2017 (Coffee, The Moon Song, etc.) et se fait repérer par le label Dirty Hit (The 1975, les sous-estimés Wolf Alice, Pale Waves, etc).

À partir de là, elle devient une mini-sensation dans la sphère du rock indé. Un premier EP (« Lice ») en 2018, suivi d’un deuxième (« Patched Up ») puis un troisième (« Loveworm ») et enfin un petit dernier pour la route (« Space Cadet ») en 2019. Si les premiers morceaux appartiennent à la bedroom pop, avec des chansons bricolées à la maison et une esthétique encore très soft, l’EP « Space Cadet » montre l’évolution rapide de Beabadoobee, qui gagne en épaisseur. Elle enclenche aussi la deuxième et dévoile des morceaux plus en phase avec l’album qu’elle prépare : « Fake It Flowers » sorti en octobre 2020.

Dans une autre interview, elle dit : « J'ai écrit mon premier album pour l’adolescente que j’étais à 15 ans. » D’où le fait qu’elle ait inventé un terme pour décrire sa musique, à la fois doux et violent, afin de refléter l’état d’esprit de l’album, tiraillé entre la mélancolie adolescente et l’envie de tout envoyer chier : « bubblegum grunge » (le grunge chewing-gum, ce qui signifie un grunge plus doux et coloré). Une manière, aussi, d’envelopper ses chansons et ses paroles, souvent vulnérables, personnelles et intimes, dans une bulle « rock » afin d’apporter du contraste. Une manière, aussi, de se cacher et de ne pas se mettre totalement à nue. Portée par les tubes Care, Worth It et Sorry : « Ma musique est comme une séance de thérapie », raconte-t-elle dans une interview vidéo pour le NME.

C’est pourquoi ses émotions sont mises en avant et qu’elle les a écrites pour passer à autre chose. Pour dire à l’adolescente de 15 ans en plein doute que, finalement, tout va bien. On dit souvent que le premier album est celui d’une vie. « Fake it Flowers » en est l’exemple parfait. 

Il serait facile de juger Beabadoobee dès la première écoute, en la comparant à Avril Lavigne par exemple, figure féminine emblématique du rock FM, ou à Hayley Williams (Paramore) ou encore P!nk. Oui, certains titres (et clips) auraient pu passer sur MTV à la fin des 1990.

Mais la jeune femme est encore loin d’avoir un statut de chanteuse commerciale et peut facilement se placer entre Billie Eilish et Snail Mail. Il est aussi nécessaire que des artistes comme elle occupe une place dans l’industrie musicale, ne serait-ce que pour donner l’envie aux plus jeunes de se plonger dans le rock, et d’ensuite découvrir d’autres artistes, notamment celles et ceux qui ont influencé Bea dans sa jeunesse. D’une manière, elle permet au rock et son héritage de survivre et de continuer d'attirer des auditeurs plus jeunes souvent aspirés par « les musiques urbaines ». Alors si vous voyez des posters de Beabadoobee dans celle d'un autre d’ado, ou un CD qui traîne sur une table, c’est bon signe.

L'album « Fake It Flowers » de Beabadoobee s'écoute juste ici.

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