Les Foo Fighters sont-ils vraiment un grand groupe de rock ?

Si la longévité du groupe et la capacité de Dave Grohl à avoir tracé sa route sur les cendres de Nirvana sont en sa faveur, le rock à papa à l’américaine des Foo Fighters peut-il lui laisser une place d’honneur au Panthéon du rock ? Quand on se replonge dans sa discographie, après l'écoute du nouveau single « Shame, Shame », la question se pose.

C'est indéniable : Dave Grohl fait partie des personnalités qui ont marqué le rock, et continue de le faire. Son influence avec Nirvana aura été spectaculaire, et le fait qu'il ait su rebondir aussi vite après le suicide de Kurt Cobain montre sa capacité à réagir et à avancer quoi qu'il arrive. Il fait partie des rares musiciens des années 1990, comme Damon Albarn ou Stephen Malkmus, à être encore « vivants » sur le plan musical et à avoir traversé les décennies comme si de rien n'était, en gardant cette aura et les yeux des fans rivés sur ses moindres faits et gestes. Mais s'il est impossible de dire du mal du musicien, il est en revanche possible de discuter de son groupe : les Foo Fighters. Là, les avis ne sont plus aussi dithyrambiques. 

Vous vous êtes déjà posé cette question : pourquoi Nickelback est moqué et les Foo Fighters adulés ? Car les deux groupes sont à la musique ce que les soirées étudiantes dans une belle maison avec piscine et gobelets rouges sont au cinéma : un cliché. Un rock à l’américaine, pensé pour la radio, les stades et l’adolescence, et donc sans réel intérêt ni créativité musicale, creusant toujours un peu plus profond son sillon sans se remettre en question. Après tout, pourquoi le faire quand tout, sur le papier, semble rouler ? Les fans sont présents, les salles sont remplies, les disques se vendent comme des petits pains et Dave Grohl - qui même jambe plâtrée monte sur scène pour jouer, signe qu’il n’est pas là pour beurrer des tartines -, jouit d’un statut de rock star presque incontestable (le mec sait jouer de presque tous les instruments sur Terre et sait écrire des chansons, on vous l’accorde).

Pour savoir si un groupe de rock est « grand », il y a un test : allez dans la rue et demandez aux passants quelles chansons ils connaissent de tel ou tel groupe. Les Stones ? Brown Sugar. Led Zeppelin ? Stairway To Heaven. AC/DC ? Highway To Hell. Les Foo Fighters ? Euh…. Ah vous collez ? C’est normal : sur les 48 singles sortis, très peu sont reconnaissables ou sont devenus de réels tubes, à part peut-être l’horrible Best of You, un hymne beuglant aussi fade qu’un plat sans sel ni épices. À votre avis, pourquoi le groupe parsème ses sets de vraies chansons rock écrites par d’autres groupes, comme Blitzkrieg Bop des Ramones, Under My Wheels d’Alice Cooper ou encore Another One Bites The Dust de Queen ? Pour combler un manque, celui qui excite vraiment les fans de musique : de la bonne musique. Malheureusement, ce n’est pas avec Summer’s End, Hell ou encore All My Life qu’on aura des papillons dans l’estomac. 

Même Gene Simmons de Kiss y va de son petit commentaire : « J’aime beaucoup les Foo Fighters, mais il en va de même pour eux comme Oasis, personne ne sait qui joue de la guitare ou de la batterie, alors que tout le monde se souvient de John, Paul, George et Ringo. » Une manière de dire que si le groupe de rockeurs au style de bûcherons qui s’habillent chez Kiabi connaît un succès, il ne sera jamais considéré comme un grand groupe de rock ayant marqué son histoire. Le débat continuera d’alimenter les commentaires de Reddit  : le groupe est-il surcoté ou non ? La question, sans surprise, divise. Impossible en réalité d’y répondre frontalement. Mais est-ce que la musique des Foo Fighters, aseptisée et taillée pour plaire au lieu d’essayer de pousser les barrières du rock hors de sa zone de confort, lui permet-elle d’avoir un statut de « grand » du rock ?

Même si le groupe a trouvé son vade-mecum, sa formule magique qui fonctionne sans se poser la question d’essayer de la réinventer, quelques morceaux montrent qu’ils auraient pu prendre plus de risques, et ainsi avoir un réel impact sur la musique des années 2000. Des morceaux comme Exhausted ou Big Me sur leur premier album éponyme ou encore Aurora sur « There Is Nothing Left To Lose » délaissent le rock radio FM pour des compositions (un peu) plus audacieuses. Au lieu de poursuivre dans ces directions, le groupe a préféré sortir disque sur disque sans évoluer ou tenter de nouvelles approches. Franchement, qui écoute de A à Z « Echoes, Silence, Patience & Grace », « One By One » ou encore « Sonic Highways » ?

C’est ce qu’on peut leur reprocher : de l’avoir jouer petits bras. Comme si à 1-0 à la mi-temps, ils avaient fait entrer deux défenseurs pour bétonner et conserver cette petite avance en balançant de longs ballons devant. Une attitude de « milieu de tableau » qui ne procure aucun réel plaisir, aucun frisson. Et ce n’est pas l’écoute de Shame, Shame, leur nouveau morceau, qui devrait vous faire changer d’avis sur ce groupe. Soit vous allez adorer, ou alors trouver ça complément dépassé. Les deux avis se tiennent. Après tout, c’est aussi ça la beauté de la musique.

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