Que penser de "Man On The Moon III : The Chosen" de Kid Cudi ?

L’Américain poursuit son voyage dans le cosmos avec un troisième volume de « Man On The Moon », un album à son image : imparfait, parfois saisissant et toujours vibrant d’humanité.

Quand bien même l’époque est à la surenchère promotionnelle et à l’emballement critique, rien ne laissait penser qu'un nouvel album de Kid Cudi puisse susciter une telle avalanche de superlatifs. Peut-être parce que l'Américain est attendu au tournant, redevenu hype depuis son album commun avec Kanye West (« Kids See Ghosts ») et la série animée qui en découle. Peut-être aussi parce que rien ne laissait présager qu'il offre un troisième épisode à ses voyages sur la Lune, dont il explique la raison d'être au dos de la pochette : 

« Au cours des dix dernières années, Scott Mescudi (Kid Cudi) a vécu l'enfer et en est revenu. Après avoir eu le sentiment que son monde était fini, il a trouvé l'espoir et a surmonté l'obscurité qui pesait sur sa vie. Mais le bonheur n'est pas éternel. Ce qu'il croyait être la paix se transforme en cauchemar. Il se retrouve perdu face à la même douleur qu'il n'avait pas ressentie depuis des années. En une nuit, il doit se retrouver face à lui-même et se battre pour récupérer son âme du malin M. Rager. »

En 2010, on avait laissé Kid Cudi piégé dans ses (sombres) pensées, en prise avec des problèmes de drogues et d'intenses névroses. L’ultime morceau de « Man On The Moon II : The Legend Of Mr. Rager » se nommait Trapped In My Mind et rien ne laissait présager que l’ex-good kid du rap américain finisse par se débarrasser de ses troubles personnels - et surtout pas son dernier album en date, « Passion, Pain and Demon Slayin’ », sorti en 2016.

Si sur Heaven On Earth, Scott Mescudi donne l’impression d’aller mieux, il ne joue cependant pas au fier-à-bras, prêt à déverser son enthousiasme et une flopée de rimes optimistes dans des mélodies solaires. Au contraire, il continue de rapper pour les Sad People, écrit ses pensées sous de pâles clairs de Lune (The Pale Moonlight), se plonge dans des questions existentielles (« Comment ça se passe quand on est un homme abîmé ? ») et semble toujours autant lutter avec ses angoisses. « Je ne peux pas stopper cette guerre en moi », chante-t-il dans le refrain de Tequila Shots, tout en précisant qu'il se sent plus fort que jamais : « Je ne peux pas perdre, je suis dans le troisième acte. »

Ce nouveau long-format n'a donc rien d'un Beautiful Trip (du nom de l'intro), ni d'une sorte de survival movie qui se déroulerait en apesanteur : c'est l'album d'un artiste en thérapie, prêt à explorer les différents recoins de sa psychée (l'année dernière, Kid Cudi disait travailler sur un projet nommé « Entergalactic »), à chercher dans la pop culture un écho à son rapport au monde (Scott Pilgrim Vs. the World et Seul au monde sont notamment samplés ici) et bien conscient de livrer là des morceaux qui ne font pas défaut à sa réputation.

« Man On The Moon III: The Chosen » est un disque sombre, cathartique et contemplatif. Mais aussi très ouvert (sur la pop, notamment, avec tous ses refrains chantonnés), rempli de confessions intimes, de textures envoûtantes (merci aux producteurs : FINNEAS, Nosaj Thing, Mike Dean) et de moments de folie géniale : Sept.16, sorte de blues à l’ère numérique où le temps semble comme suspendu, mais aussi The Void et Lovin’ Me, deux mini-tubes qui n'en font jamais trop, accordent une certaine place au silence et semblent déjà destinés à illustrer ces instants où tout bascule dans nos séries préférées.

En dépit de toutes ses qualités, sans même parler de ce casting relativement chic (Skepta, Trippie Redd, Phoebe Bridgers et Pop Smoke), un point pourtant déçoit après quelques écoutes. Bercé, captivé puis enfin libéré, jamais l'auditeur n'est réellement désarçonné par un album au fond construit autour d'une même structure. Kid Cudi, contrairement à Kanye West, dont il est proche, ou de Travis Scott, dont il s'inspire, n'emploie pas son savoir-faire pop pour saper les catégories, pour proposer autre chose qu'un album, certes conceptuel (le fait qu'il soit découpé en quatre actes entre dans cette démarche), certes ambitieux, mais finalement assez rectiligne.

En 2009, lorsqu'il publiait le premier volume de « Man On The Moon: The End Of Day », il y avait tout à conquérir. Aujourd'hui, le propos est plus recentré, la prise de risques moins évidente et, si l'on ne peut pas tout à fait en vouloir à Kid Cudi d'avoir souhaité créer une œuvre cohérente, on attend aussi d'un homme sur la Lune qu'il dépasse son temps, qu'il se détache de la réalité et indique la marche à suivre.

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