“QALF Infitiny" est-il la version finale de Damso ?

À 28 ans, Damso a tout réussi. C’est en tout cas ce que laissent penser les chiffres de « QALF », streamé 14 millions de fois en 24h et vendu à plus de 170 000 exemplaires. Il suffit pourtant d’écouter « QALF Infinity » pour comprendre que le Bruxellois reste encore et toujours confronté ses pensées les plus contradictoires et mélancoliques, résumées en une seule phrase : « Plus j’avance dans mon rang social / Plus je recule dans ma vie sociale ».

Damso est aujourd’hui un artiste culte, en même temps qu’une inépuisable source de fantasmes et de théories. Au moment de la sortie de « QALF », en septembre dernier, nombreux étaient ceux à croire en la sortie d’un deuxième album, d’une version expansive qui prolongerait les derniers mots prononcés sur Intro. Pour les « puristes », comme les nomment le rappeur belge, c’était une évidence. Ce « nwaar » crié par Damso, suivi de cette voix annonçant une « batterie rechargée », ne pouvaient signifier qu’une chose : une suite moins romantique, davantage nerveuse et, surtout, nettement plus sale.

À l’écoute de Π. VANTABLACK, placé en deuxième position au tracklisting de « QALF Infinity », on aurait tôt fait de penser que toutes ces théories disaient vrai : le Bruxellois reprend les choses làç où il les avait laissées, délaisse ses sentiments pour évoquer les centimètres de son organe, pose ses mots sur une production puissante et fait de ce banger le réceptacle à ses pensées les plus désabusées : « L’humanité tuée dans l’œuf, l’égalité entre homme et meuf, c’est le 69 ».

Interviewé par France Inter, Damso dit que sa relation amoureuse s’est compliquée ces dernières semaines. Une situation qui, on ne va pas se mentir, lui permet de digresser sur les sujets qu’il maitrise le mieux : la complexité des sentiments amoureux et leur impossible apaisement (« J’vais te faire chialer, toutes les larmes de ton corps m’appartiennent désormais »), mais aussi la célébrité et ses vices (« Tu m’aimes pour ce que je suis devenu donc tu m’aimes pour ce que je ne suis pas, t’es parti puis t’es revenu les amis comme toi je n’en veux pas »).

À ce petit jeu, Prinzly, Ponko, Ritchie Beats, Ikaz Boi ou Jules Fradet sont les producteurs de la situation pour faire basculer l’univers de Damso dans des dimensions résolument modernes, et parfois inédites. Ψ. PASSION, Ω. VIVRE UN PEU,  Φ. THEVIE RADIO et Σ. MOROSE en attestent : sur ces quatre morceaux, Dems ose les changements d’ambiance, s’aventure sur des beats aux structures variantes, sublimés tantôt par des solos de saxo ou de piano, tantôt par des instrumentations violentes, comme s'il s'agissait pour le Belge de lâcher prise.

Il va bien évidemment falloir prendre le temps de digérer « QALF Infinity », de comprendre la signification des lettres grecques dans le titre des morceaux (en écho à ceux présents sur « Ipséité »), d’analyser les possibles messages cachés dans ce disque une nouvelle fois très intime. La réalité est sans doute plus terre-à-terre, et l’on pourrait simplement considérer ce cinquième album comme un projet introspectif, où Damso est à son meilleur lorsqu’il « crache sa haine », expose ses pensées inconfortables (« S'faire aimer quand on s’déteste, c'est ça devenir c'qu'on veut être ») et donne à ses sophistications l’allant de la spontanéité.

Sauf que le Bruxellois n’est pas un rappeur comme les autres. Il aime le mystère, brouiller les repères, imposer ses propres règles – sinon, comment expliquer la sortie d’un album un mercredi, à minuit ? Dans ses textes, c’est pareil : en une seule ligne, Damso peut faire naître tout un monde, une atmosphère, une attitude. « Dis-moi qu'c'est pas moi, mais qu'c'est la vie qu'je mène », rappe-t-il sur Ρ. DOSE, dont la rythmique ensoleillée, presque reggae par instants, ne parvient pas à masquer les réflexions de Damso, ni sa remise en question permanente.

En tant qu’artiste, on sent toutefois un Damso toujours plus affirmé, tellement sûr de ses choix qu’il peut se permettre de n’accorder qu’une interview (à France Inter, donc), de ne publier aucun clip, de tourner le dos aux singles « pop » et de pouvoir, enfin, jeter un premier regard sur sa carrière, en toute simplicité et sans en rajouter sur ses bisbilles avec Booba (« Lithopédion sort, mon ex mentor me clashe/De l'encre a coulé »). De là à dire que « QALF Intinity » est la version finale de Damso, il n’y a qu’un pas que l’on se gardera de franchir. C’est même les lacets noués que l’on peut aisément penser qu'il s'agit à présent pour Dems de Vivre un peu, histoire de ne pas être « emprisonné dans un selfie » et de continuer à produire des albums qui prennent « le game en otage sans demander de rançon ».

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