Le rap français des 90’s n’aurait pas été le même sans Tout Simplement Noir

À l'occasion de la sortie de « Tout simplement noir », la dernière comédie de Jean-Pascal Zadi, retour sur l'histoire d’une formation parisienne qui, à sa manière, avec des mélodies G-Funk, a participé à l’essor du rap français. Et particulièrement à ce que l’on considère aujourd’hui comme son premier âge d’or : les années 1990.

Dans les médias ou ailleurs, le rap français des années 1990 est souvent résumé à la sainte trinité Assassin-IAM-NTM. Parfois, d'autres voix s'élèvent et rappellent à juste titre l'importance du Ministère A.M.E.R., de La Cliqua ou d'Ideal J. C’est à la fois très juste et presque évident, tant ces entités ont posé les bases du genre en France. Mais force est de constater que certains groupes demeurent éternellement absents de ces listes censées aiguiller le néophyte.

Tout Simplement Noir est de ces groupes oubliés. Parce que le quatuor n’a jamais eu de singles aussi mythifiés que Laisse pas trainer ton fils, Bouge de là ou Petit frère. Parce qu’il n’a jamais joué le jeu des médias : « On n’était pas contre les majors, plutôt contre ceux qui leur baisaient les pieds pour signer un contrat », expliquait Parano, l’un des quatre MC de la bande, à l’Abcdr du son. Et parce que TSN était peut-être trop west coast pour la France, un pays traditionnellement plus intéressé par ce qui se passait à l’est des États-Unis (Mobb Deep, Rakim, Nas, etc.).

Pour comprendre l'importance de Tout Simplement Noir dans le paysage français, il faut remonter à 1991, année au cours de laquelle les Parisiens profitent d'un passage dans l'émission Rapline d'Olivier Cachin pour tourner leur premier clip et définir les grands contours de leur univers : un argot de titi parisien (seuff, teufé, pépom, etc.), des mélodies festives, une esthétique G-funk revendiquée, des textes parfois crus (« C'était un jour en colonie / J'ai baisé la monitrice qui sous la tente criait comme une folle »), d'autres fois plus politisés, et une volonté de baser leurs productions sur des samples clairement audibles.

À l'image de Belles, belles, belles de Claude François sur À propos de tass, Douce France de Charles Trenet sur Négro parigo ou de Né quelque part de Maxime Le Forestier, La Justice ancre Tout Simplement Noir (devenu trio entre-temps) dans une esthétique qui doit autant à l'Amérique qu'à une culture franchouillarde. « Nos potes ne parlaient pas forcément anglais donc si c’était pour prendre des trucs que parfois nous-mêmes on ne comprenait pas, ça ne servait pas à grand-chose », poursuit Parano, toujours pour l’Abcdr du son.

Dans les faits, TSN rassemble surtout deux albums : le mythique « Dans Paris nocturne... » (1995) et « Le mal de la nuit » (1997). Mention spéciale au premier essai qui s'écoule à plus de 75 000 exemplaires (pas rien pour un premier projet publié en indépendance) et qui permet au trio de donner tout un tas de concerts en Europe, y compris devant des skinheads : « À l'époque, nos affiches de concerts représentaient le célèbre personnage Banania barré d'un trait […]. En fait, ils ont simplement dû croire que c'était un concert anti-noirs », resitue J’L’Tismé dans le livre Hip-hop : le rap français des années 90.

Depuis, c'est là toute l'injustice de l'industrie musicale peuplée de « groupes qui auraient dû… », Tout Simplement Noir est malheureusement retombé dans l’oubli. Mais il reste ce groupe qui, à l’instar du Ministère A.M.E.R., a choisi de populariser la G-Funk en France, a collaboré avec des groupes mythiques (Les Sages Poètes de la Rue) et a préféré raconter la nuit autrement, de façon plus festive et sans calcul, en ne masquant rien des rues malfamées parisiennes, des bavures policières (La justice) et des moments charnels qu’elle permet. Une ambition résumée dès l’intro de « Dans Paris nocturne… » : « L'image du gentil poète, du négro de service, tu peux l'oublier une bonne fois pour toute. »

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