L'immense "Discovery" des Daft Punk fête ses 20 piges

Sorti le 13 mars 2001, le deuxième album du duo, le premier en tant que robots, a un œil dans le rétro et l’autre rivé sur le futur. Un grand écart qui leur a permis de réussir la prouesse de changer la pop et l’électro pour toujours. Avec au départ un objectif en tête : faire l’opposé de « Homework ».

Dans une interview réalisée au Japon pour la sortie du disque, Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo, transformés en robots depuis un accident secret, racontent en anglais leurs parcours et la genèse de l’album. Ces quelques mots résument subrepticement la vision des Daft pour « Discovery » :

« Je ne pense pas que notre musique soit totalement celle de robots. C’est vrai que maintenant, il s’agit d’un mix entre les ordinateurs dans nos cerveaux et le fait qu’on possède toujours un cœur. C’est donc un mélange entre les machines et notre côté humain ».

Vous avez là, dans cette phrase, « Discovery », le disque qui fait le pond entre les seventies et le nouveau millénaire. Entre une musique de robots, synthétique, futuriste, passée à travers une multitude de tuyaux et de machines, et un son old school des années 70 et 80 où les Daft ont puisé leur inspiration. Ils ont mis deux ans et demi à le finir. Et quelques mois de plus afin de définir une stratégie qui fera d’eux le duo français le plus connu sur Terre. « Ce qu'on appelle le marketing fait pour nous partie de la création », expliquait Thomas à Libération en 2001

Dans la même interview pour le journal, Thomas poursuit : « Nous avons voulu démontrer qu'on peut encore tenter de nouvelles combinaisons, inventer une grammaire ». Inspiré dans cette quête par Aphex Twin, blasé par la house qui tourne en rond et qui devient trop standardisée, Thomas et Guy-Manuel piochent alors dans les souvenirs d’enfance : Eddie Johns pour One More Time en découpant le titre More Spell On You à la hache pour former une boucle rythmique, AC/DC sur Aerodynamics (ils ont confié vouloir remettre l’art du solo en avant sur ce disque), George Duke sur Digital Love, etc.

Ça continue comme ça sur tout l’album : les Daft sortent le bac à vinyles, écoutent, sélectionnent ce qui les intéressent (parfois 5 secondes d’un titre parce qu’il y a un son de guitare à mettre en boucle) puis s’attellent à faire un travail d’orfèvre, loin de la house de Chicago des débuts, mais avec l’ambition de créer la pop de demain. « On tombe sur un bon sample tous les six mois, racontait Guy-Manuel à l’époque. Sur ce disque, il n’y en a que trois. Tout le reste, on le joue nous-même. » Grâce aux machines et aux instruments qu’ils n’utilisent pas toujours comme c'est recommandé sur la notice, le duo peut corriger, tordre, modifier et texturer n’importe quel son. Et donc rejouer les parties qu’ils adorent sur telle ou telle chanson pour en faire quelque chose de totalement nouveau.

En s’amusant avec ces jouets (séquenceurs, échantillonneurs, synthés, vocodeurs, etc.), et en gardant un esprit frais, presque enfantin, les Daft produisent sans le savoir la musique de demain. Ils sont allés chercher dans « la musique que t’écoutes quand t’es petit et que tu aimes bien juste parce que t’aimes bien. Tu t’en fous de savoir si elle est cool ou pas, et parfois, tu n’aimes qu’un passage du morceau », expliquait le duo en 2001 au magazine Remix.

Pour être honnête, il est facile d’écrire ces mots aujourd’hui, 20 ans plus tard, quand tout a été dit sur les Daft. Les analyses sont nombreuses, toutes disponibles sur Internet en quelques clics. Les interviews aussi. Il suffit alors d’aller piocher dans les entrailles du web pour faire ses courses. Qu’aurions-nous écrit et pensé de ce disque en 2001 ? Impossible de le savoir. Mais à sa sortie, l'album ne fait pas l’unanimité. On les qualifie de vendus, on les critique car ils s’éloignent du milieu underground, parce qu’ils vendent des disques, qu’ils ont du succès. « On ne voulait pas, sous prétexte qu’on a eu du succès et qu’on a vendu des disques nous limiter à ce qu’on savait faire. On veut continuer à apprendre, à nous amuser », racontait pourtant le duo à Trax en 2001.

Si, en effet, « Discovery » part dans plusieurs directions (la house, le rock, l’electro, la pop, etc.), un élément central fusionne tous ces styles pour n’en faire qu’un : le son. Peu importe où ils vont chercher leur inspiration, que ce soit chez 10cc,  Edwin Birdsong, Barry Manilow ou encore Electric Light Orchestra, la production et l’utilisation des machines raflent la mise et met tout le monde d’accord sur un point : on peut expérimenter tout en restant accessible. 

Coté marketing, au-delà de leur transformation en robot, le duo recycle le fan club. Dans le disque, on y trouve une carte de membre au Daft Club, qui permet d’accéder en ligne (on est en 2001, dans les premières années d’Internet à la maison) à de nouvelles musiques ou du contenu exclusif. Les premiers acheteurs pouvaient par exemple visionner en avant-première le clip de One More Time réalisé par Leiji Matsumoto. Le Japonais sera également aux manettes du film d’animation Interstella 5555 qui sortira en 2003, un space opéra qui se déroule sur une planète humanoïde imaginé par le duo français lors de la création de « Discovery ».

Bref, 20 ans plus tard, les fait sont là : les Daft ont influencé la pop culture au sens large. En France, Sebastian, Tellier et Justice embrayent le pas. Kanye West aussi (qui reprendra Harder, Better, Faster, Stronger et qui collaborera avec le duo sur « Yeezus »). Le cinéma, la pub, les marques, des clips avec Gondry… les Daft étaient nulle part et partout à la fois. Et ça devrait encore continuer durant quelques années. 

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