Avec son album "Drunk Tank Pink", Shame veut botter le cul du punk anglais

Trois ans après avoir mis le feu aux poudres avec "Song Of Praise", le quintet londonien revient avec un deuxième album moins urgent, plus anxieux, avec comme toile de fond une Angleterre au bord du gouffre.

Dans un monde juste, Michel Drucker aurait depuis longtemps laissé les clés de son émission à une nouvelle génération de journalistes, et Shame serait accueilli avec les honneurs sur le célèbre canapé rouge. Si c'était le cas, les Anglais raconteraient inévitablement ce passage au Grand Journal où, en 2016, ils se pointent sur le plateau flanqués d'un t-shirt « Je suis Calais ». Ils reviendraient aussi sur ces concerts donnés, à seulement 15 ans, dans les pubs de Brixton, les mêmes que ceux fréquentés autrefois par les gars de la Fat White Family.

Enfin, ils évoqueraient la façon dont ils ont grandi en parallèle d'une nouvelle génération qui, de Squid à Working Men’s Club, en passant par Sorry, PVA ou Feet, semble avoir été élevée dans la même centrale électrique, en quête de guitares nerveuses.

Seulement, l'histoire de Shame ne peut s'écrire uniquement au passé. « Song Of Praise » a certes été un énorme succès, mais « Drunk Tank Pink » est clairement promis au même destin, marqué par les expériences vécues ces deux dernières années ; par « cette longue période de silence survenue après avoir été saturés de bruits et de distractions », comme ils le confient aux Inrocks ; mais aussi par la techno de Makeness, chez qui ils ont trouvé refuge dans les Highlands écossaises. Le temps de poser quelques idées, qui contrastent volontiers avec le calme apaisant des paysages environnant, et de rentrer à Londres mettre tout cela en forme.

De retour en ville, il a fallu faire le tri : entre les riffs funky testés par le guitariste Sean-Coyle-Smith, entre les nombreux textes griffonnés par Charlie Steen dans sa chambre, une pièce rose qui inspire directement le titre de l'album (« Drunk Tank Pink »), mais aussi entre les anciens et les nouveaux morceaux. Human, For A Minute, par exemple, date de 2018, et c'est sans doute l'un des moments forts de ce deuxième long-format. Car intime et profond, lancinant et désabusé, loin de la débauche d'électricité orchestré sur Alphabet ou Great Dog, plus classiques dans leur structure, mais tout aussi excitants de par leur inclinaison punk.

Il a ainsi fallu toute la science du son de James Ford (Arctic Monkeys, Foals, Gorillaz) pour donner forme et cohérence à ces nouvelles intentions, qui ne se limitent plus à faire pogoter quelques soulards agités dans les pubs de l'Union Jack. À présent, Shame affiche une volonté d'expérimenter la guitare, d'explorer un panel de sonorités à travers elle plutôt que de la maltraiter en permanence, tandis que Charlie Steen, lui, s'abandonne à des confessions intimes du plus bel effet, à la limite de la schizophrénie parfois (« I represent everything that I hate / Yet I’m the person I always dreamt I could become »), mais toujours à la recherche d'une paix intérieure (« In my room / In my womb / Is the only place I find peace »).

À croire que Shame n'est définitivement plus cette bande de kids turbulents qui semblent avoir digéré quarante ans de post-punk britannique dans des brûlots rongés par l’urgence. La fougue est toujours là, la morve héritée de The Fall également : reste que ce deuxième album témoigne d’un son encore plus dense, fiévreux et riche en nuances, à travers lequel Charlie Steen et sa bande développent des morceaux aussi tourmentés que les temps qui courent en Angleterre.

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