Alma va-t-elle renvoyer Billie Eilish en enfer ?

Au sein d'une époque troublée, les nouvelles idoles semblent toujours plus anxieuses, moins héroïques. Alma s'inscrit dans cette tendance, et c'est précisément sa liberté, ses outrances et ses troubles qui la rendent attachante.

À chaque époque, son phénomène. À chaque phénomène, ses héritiers. Voilà comment on pourrait résumer, brièvement, l’émergence d’Alma, 24 ans, dont le premier album est sorti il y a quelques jours. Un événement, tant elle affole les statistiques ces derniers mois : 650 millions de streams sur Spotify et presque autant d’artistes (on exagère à peine) d’ores et déjà prêts à hurler leur obsession pour la chanteuse. Ariana Grande, Lana Del Rey, Charlie XCX, Miley Cyrus et même Billie Eilish, à qui beaucoup la comparent déjà : toutes semblent déjà faire partie du fan club de la Finlandaise.

Il faut dire qu'Alma partage avec ces pop-stars le même goût pour les mélodies impossibles à sédentariser : elle a grandi avec Internet, traine une culture musicale bien trop large pour s'embarrasser des catégories de genre, et fait de chacun de ses morceaux l'antithèse des tubes des décennies passées. On y retrouve certes une forme d'exaltation de la jeunesse, mais ceux-ci refusent l'hédonisme immédiat, l'idéalisation du monde alentour.

À la place, les douze morceaux de « Have U Seen Her ? » parlent d’anxiété, de dépression (« I've got trouble with my DNA »), de l’image de la femme dans les sociétés modernes, du droit des LGBTQ+ et de sa consommation de drogues. « L'album est très honnête, confie-t-elle à Clash. c'est la première fois que je dis des vérités à 100% et que je raconte des histoires sur tout. Je pense que c'est important en cette période, donc je suis contente de l'avoir sorti maintenant. »

Les plus conservateurs diront qu'il faut bien que jeunesse se fasse, et ils auront tort : Alma, c'est tout sauf une jeune fille qui tape sa crise d'adolescente en se colorant les cheveux et en tournant le dos à l'autorité parentale. Malgré leur noirceur, dans leurs thèmes comme dans leur production, ses morceaux ne sont pas non plus déprimants - ce côté plombant que l'on pourrait ressentir après avoir écouté l'intégral de Barbara, par exemple. Stay All Night, Chasing Highs ou LA Money sont des singles trop ludiques pour faire oublier l'essentiel : Alma est une artiste, qui rêve d'universel et trouve de quoi s'épanouir dans des mélodies à tiroirs, qui charrient sans chichis l'électro tapageuse (elle a même, au rayon faute de goût, collaboré avec Martin Solveig...) et les accent R&B, la trap et les synthés ténébreux.

À vrai dire, Alma a toujours été en quête de la pop-song parfaite. Sinon, comment expliquer sa participation en 2013 à Idols (l'équivalent de La Nouvelle Star en Finlande), son déménagement à Los Angeles et sa recherche constante du refrain imparable ? Le constat est sans appel, et laisse rêveur quant à l'avenir de cette artiste qui dit avoir le goût du risque et sonne comme si Lilly Allen avaient entamé aux côtés de Billie Eilish une session studio pilotée par Lykke Li.

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