We Love Green : « Ni un festival de rock, ni une autoroute du dancefloor »

C’est devenu l’un des meilleurs festivals d’Île-de-France, mais il reste difficile à classer : à l’occasion de la septième édition, ultra alléchante, la fondatrice Marie Sabot nous explique la philosophie du We Love Green.

On ne vous fera pas l’affront de dire qu’elle voit la vie en vert, mais Marie Sabot a des raisons d’être satisfaite : Orelsan, Tyler, The Creator, Charlotte Gainsbourg, King Krule, Lomepal, Beck ou encore Björk... Ils seront tous à l’affiche du We Love Green 2018, et rien que l’évocation de ces quelques noms devrait suffire à vous motiver pour réserver les quelques places encore disponibles.

Lancé en 2011, le festival revient tous les ans au Bois de Vincennes avec une double ambition : ne pas tomber dans l’usine à divertissement, et être un festival à la fois responsable, éthique et écolo. Sur tous ces points, c’est gagné : en 2018 l’affiche du « We Love » tue non seulement la concurrence, mais réussit aussi l’exploit d’être plus qu’un rassemblement de babas jouant au Diabolo avec des gobelets recyclables importés du Chili. Cette année, les festivaliers pourront donc encore gouter le plaisir des workshops et conférences, mais aussi découvrir une scène alimentée par des panneaux solaires et des générateurs à huiles végétales qui fournissent 100% de l’énergie de l’événement.

Et comme on n’attire pas les mouches avec du vinaigre, ni les festivaliers avec des vieilles casseroles, le line up 2018 est tout simplement ce qui se fait de mieux avec, au-delà des têtes d’affiche, des artistes en développement (Lewis OfMan, Myth Syzer, Dani Terreur), et on l’espère aussi durables. Marie Sabot, fondatrice, nous explique le reste.

Si on devait comparer chaque édition du We Love Green à une peinture, à votre avis quelle est la couleur de l’édition 2018 ?

Même si je n’aime pas ce mot, We Love Green est et reste un festival « éclectique ». Nous [We Love Art, l’organisation historique, ndlr] venons de la musique électronique, pendant dix ans on a organisé des événements importants dans des lieux habituels, et à la naissance de We Love Green, c’était vital pour nous que ce ne soit pas perçu comme un festival de rock. Il y a donc de la musique électronique, du hip-hop, avec sur les éditions précédentes Joey Bada$$, ou Action Bronson ; ce sont deux genres qui sont les piliers depuis le début. En 2018, on a tenté de faire une photographie de ce qui bougeait en terme de créativité depuis plusieurs mois. Il y a donc des choses hors normes comme KOKOKO! et des artistes venus d’univers assez différents. Et pour revenir sur la couleur, on ne cherche pas à faire une autoroute du dancefloor : chaque genre musical de l’électronique doit être représenté, afin qu’on comprenne la diversité de ce genre.

Ce que vous dites sur le rock est assez intéressant : cette année on peut voir Damso programmé à Garorock, ou PNL à Rock en Seine. Voir du vrai rock en festival, en 2018, c’est mort ?

Sur le We Love Green, il y aura Beck ! Au-delà de ça, je ne crois pas que le rock soit mort, c’est simplement un genre musical qui ne nous appartient pas, ce n’est pas la base de notre événement. De ce point de vue, j’ai l’impression qu’on assiste à un tournant qu’on avait déjà anticipé dès 2011 avec sur la grande scène des gens comme Julian Cabablancas jouant juste avant Joey Bada$$. Voilà, ça c’est l’ADN du festival. Mais oui, on assiste à un basculement : quand on a programmé PNL en 2016, très clairement les gens ont commencé par trouver ça assez comique, avant de finalement comprendre que c’était un nouveau genre musical en marche. Ça me fait penser à Childish Gambino, avec qui on a été pour cette édition en contact pendant plusieurs mois ; ce mec fait du rock, du rap, de l’électronique et il symbolise pour nous l’artiste contemporain par excellence.

Pourquoi cela a-t-il capoté avec Gambino ?

Pour une question de dispo, de délais et de tarifs. On avait pourtant très envie, ça s’est joué de très peu.

Sur l’Île-de-France, le We Love Green est pourtant devenu un incontournable, si ce n’est, au vue de la programmation 2018, le festival le plus qualificatif, celui où l’on n’aura pas à supporter Massive Attack ou Queens of the Stone Age pour la quinzième fois. Combien de temps pour arriver à cette programmation ?

On commence à programmer en septembre, on finit en février ; avec le souci de ne pas se précipiter, se laisser de la marge pour avoir la place nécessaire pour les coups de cœur. Souvent les festivals et agents poussent pour boucler rapidement, pour des raisons compréhensibles ; nous faisons l’inverse. La grosse différence cette année, c’est qu’on s’est allié avec des gros festivals indépendants comme le Dour Festival ou Primavera, avec lesquels on discute des line up, du coût des artistes, etc.

C’est quoi le plus beau « coup » de l’édition 2018 ?

Je ne crois pas qu’on attrape les artistes, on doit les séduire. Ça peut évidemment passer aussi par le nombre de 0 sur le chèque, mais on n’a pas les moyens. Donc on peut parler de Migos, un OVNI qui à priori n’a rien pour coller avec le We Love, mais qui en fait représente bien ce que les gens écoutent ici au bureau. Migos, c’est over too much, c’est une caricature du rap qui ne joue pas au premier degré, et c’est ce qu’on aime. Ça nous semblait être le bon moment pour les faire venir en Europe. Idem pour Tyler, The Creator. Son entourage a dû estimer que le festival ressemblait à son artiste, c’est important de se reconnaître dans les endroits où l’on joue.

À l’autre bout du spectre, on retrouve Honey Dijon dans la programmation. Faire venir une icône trans à Paris, est-ce que c’est politique ?

Clairement, oui. On pourrait dire la même chose pour The Black Madonna ou Big Freedia, chacun.e a une voix à porter. Il y a des portraits de femmes fortes dans cette édition, Björk, ou même la chanteuse de Superorganism. Et pour revenir à Honey Dijon, c’est elle qui assurera l’after show du festival... On attend de cette grande Black exubérante un set militant, libertaire et bien punchy !

Du coup, c’est pas emmerdant d’avoir une si bonne programmation quand on souhaite porter des valeurs liées à l’écologie ? Vous n’avez pas peur que la notoriété des artistes l’emporte sur les autres engagements de We Love Green ?

Non, parce que c’est un vecteur. On est un festival de musique avant tout, avec l’envie d’une mixité forte. On espère bien retrouver cette même mixité chez les festivaliers, avec le souhait qu’ils s’intéressent aussi au Think Tank et aux conférences que les gens pourront découvrir entre deux concerts. L’objectif c’est que les festivaliers se retrouvent, physiquement, au carrefour entre la musique et l’engagement.

Combien de personnes sont attendues cette année ?

C’est dingue de dire ça, mais c’est la première année qu’on obtient l’autorisation de la Mairie de Paris ; jusque-là chaque édition était suspendue à cette autorisation, sans savoir si la prochaine édition aurait lieu. Cela signifie qu’on gagne en légitimité, ce qui explique qu’on a pu commencer à dévoiler le début de la programmation bien plus tôt cette fois. Moralité : plus de monde attendu en 2018, notamment des étrangers et des Anglais. On espère donc entre 70 000 et 80 000 personnes, mais on attend encore l’autorisation pour ouvrir dès le vendredi, et un camping aussi… Comme on s’en doute, c’est l’endroit parfait pour de nouveaux échanges entre les festivaliers… ha ha.

We Love Green, les 2 et 3 juin

Route Dauphiné via L’Esplanade Saint Louis Bois de Vincennes, Paris 12e

www.welovegreen.fr

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