Un nouveau mode de rémunération du streaming pourrait bien ruiner les rappeurs

Selon une récente étude du Centre national de la musique (CNM) afin de mesurer l’éventuel impact d’un mode de rémunération plus équitable sur les plateformes de streaming, les conclusions, à prendre avec des pincettes, montrent que les genres les plus plébiscités du moment, comme le rap, y perdrait (-21%) mais qu’un grand nombre d’autres styles seraient « gagnants ».

Évoquer le streaming et la rémunération des artistes est un sujet complexe. Complexe car c’est un processus fastidieux à résumer, que « personne n’y comprend rien », que l’on peut se retrouver à gagner 6,60 euros pour 90 000 écoutes sur Spotify et qu’en gros, ce sont les artistes les plus écoutés qui ramassent gros sur les plateformes (eh oui, vous donnez de l’argent à des artistes que vous n’avez peut-être jamais écoutés puisque l'argent qu'un abonné dépense quand il paie son abonnement n'est pas reversé aux artistes qu'il a écoutés mais à ceux qui génèrent le plus d'écoutes au global).

Pour rétablir la balance, un débat existe depuis plusieurs années, balayé d’un revers de main par certains, et devenu un cheval de bataille pour d’autres : le passage à un mode de redistribution plus équitable en se basant sur ce qu’on appelle le user centric payment system (UCPS). C’est quoi ça ? Ça veut dire que l’argent de votre abonnement, disons 10 euros, est reparti équitablement entre les artistes que vous avez écoutés. Sur ces 10 euros, aucun centime n’ira dans la poche d’autres artistes. C’est ce mode de redistribution, apprécié par Deezer mais dont Spotify ne veut pas entendre, que le CNM, en partenariat avec le cabinet Deloitte, a analysé. Voici donc les résultats. 

L’étude, qui s’est appuyée sur des chiffres fournis par Deezer, Spotify et la Sacem (Apple Music a refusé), démontre que « le passage au user centric pourrait favoriser une redistribution significative entre esthétiques aux audiences importantes, au détriment du rap et du hip-hop et en faveur du rock et de la pop ». En gros, selon l’étude, les artistes classés dans la catégorie « urbain » (rap, hip hop, etc.) pourraient perdre 20% de leur redevance. Par exemple, pour un artiste du top 10 français, sur un an, le CNM évoque une perte de 457 422 euros. La baisse devient moins significative quand on s’éloigne du top 1000, et tombe à une perte de 39 euros puis (seulement) 10 euros pour les artistes les moins écoutés. « Au-delà du 10 000e artiste le plus écouté, toutes esthétiques confondues, l’impact du passage au user centric serait au maximum de quelques euros par an par artiste », écrit l’étude. Le user centric aurait donc des conséquences importantes sur les artistes les plus plébiscités, (donc les rappeurs en ce moment car écoutés par les jeunes), mais ne changerait pas grand-chose à un artiste déjà « sous les radars ». 

Par contre, ce nouveau mode de rémunération rétablirait la balance entre les divers styles musicaux. Selon l’étude, des augmentations seraient notables, comme « la musique classique (+ 24 %), le hard rock (+ 22 %), le blues (+ 18 %), la pop-rock (+ 17 %), le disco (+ 17 %) ou le jazz (+ 10 %) ». Le CNM montre donc que le user centric est plus juste et qu’il redistribue les richesses entre les styles pour redonner du poids aux musiques dites « de niches ». 

Mais il y a encore des incertitudes sur plusieurs aspects. La première est pointée du doigt par Jean-Philippe Thiellay, président du CNM, dans Les Jours. Il avoue ne pas savoir si le user centric bénéficie vraiment aux petits label et aux nouveautés ou s’il favorise les vieux tubes rock par exemple. Ces « vieux tubes » (ce qu’on appelle un « back catalogue ») appartiennent majoritairement aux majors comme Sony ou Universal, des labels qui génèrent déjà beaucoup d’argent grâce au streaming. Comme l’écrit Sophian Fanen sur Les Jours : « Il pourrait amplifier des rentes déjà confortables sans pour autant pousser à la prise de risques artistiques. » Est-ce qu’un label indépendant y gagnera vraiment dans ce changement ? L’étude ne peut pas l’affirmer clairement. De plus, comme l’indique le président du CNM, celle-ci s’arrête « aux portes des distributeurs ». Ce sont eux (et les labels) qui redistribuent ensuite l’argent généré par le streaming aux artistes via des contrats. 

Ceci étant dit, le fait qu’une institution publique réalise, en toute indépendance, une étude sur le sujet montre que le débat doit avancer, et qu’un passage au user centric doit être mis au centre des discussions, pas seulement en France mais aussi à l’international. Ne vous en faites pas trop pour le rap : « S’il est touché, il restera toujours numéro un et continuera à gagner beaucoup d’argent », répond Ludovic Pouilly, directeur des relations avec l’industrie musicale chez Deezer, aux Jours.

L'étude complète est à retrouver ici.

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