Quand “Nulle Part Ailleurs” invitait les stars du rock à la télé

Le 15 juin 2001, CANAL+ disait adieu à une émission que l'on voyait Nulle par ailleurs. Vingt ans plus tard, on aime encore se rappeler de la quantité de groupes, internationaux ou non, underground ou pas, qui ont défilé sur le plateau de l'émission.

Au commencement, il y avait Alain Souchon. Invité pour la première émission de Nulle Part Ailleurs, diffusée en direct le 31 août 1987, celui qui passait L’amour à la machine allait sans le savoir donner le ton d’un programme extrêmement porté sur la musique. Peut-être parce qu'Antoine de Caunes fait partie de l'équipe. De façon plus probable, on peut simplement penser que Nulle Part Ailleurs avait tout bonnement l’ambition d’être à l’image de CANAL+ : irrévérencieuse, inédite et en connexion avec les dernières tendances, y compris les plus avant-coureuses et les plus extrêmes. La preuve : At The Drive In, Chokebore, Jesus Lizard, Les Thugs ou encore Grandaddy, tous ces groupes attirés par les riffs électrisés sont venus faire crisser leurs guitares en prime time.

La grande idée de NPA n'est pas simplement d'être un passage clé au sein du calendrier promo des maisons de disques, mais bien d'être un terrain de jeu pour les artistes invités. Ainsi, on a pu voir le Wu-Tang et IAM partager le même plateau, Jamel faire pleurer de rire Barry White, DJ Abdel discuter avec Public Enemy ou Nirvana performer trois morceaux en 1994 (Rape Me, Pennyroyal Tea et Drain You), quelques mois avant le suicide de Kurt Cobain.

Mais le véritable génie de l’émission, ce qui a largement contribué à son mythe, c’est le fait d’avoir engagé en 1995 un érudit de l’industrie musicale à la programmation : Stéphane Saunier, qui s'occupait alors de la branche française du label Roadrunner, spécialisé dans le metal. Son leitmotiv ? « Faire venir des artistes que l’on ne voyait nulle part ailleurs ». Comme une évidence. Dans un entretien à Vice, il poursuit : « Il n’y avait aucune règle. D’entrée de jeu, j’ai pu faire la programmation que je voulais. J’étais entièrement libre. Bon, la première année, je travaillais essentiellement avec des groupes de rock, ceux qui correspondaient à mon background, mais j’ai vite compris que c’était absurde de s’arrêter à ça. Très rapidement, j’ai donc commencé à taper dans d'autres styles : l'électronique, le hip-hop, etc ». Un éclectisme que le patron assumera encore plus tard avec L'album de la semaine.

Si la liste des groupes qui ont défilé sur le plateau de Nulle Part Ailleurs est bien trop longue pour être répertorier ici, il est possible de citer quelques noms : The Roots, Lauryn Hill, Cypress Hill, PJ Harvey, Radiohead, Jeff Buckley ou encore Oasis, Blur, Sonic Youth et Nick Cave, tous ont contribué à faire de NPA une émission essentielle aux années 1990 et fondatrice de l'esprit CANAL+.

Il y a bien eu quelques ratés (2Pac, impossible à faire venir sur le territoire français à cause de ses problèmes judiciaires aux États-Unis), voire des erreurs d'appréciation (Eminem, pas encore assez gros commercialement, qui se retrouve seul en coulisses pendant que Dr. Dre, avec qui il a assuré un live quelques minutes plus tôt, fait le beau sur le plateau), mais cela n'enlève rien au fait d'avoir réussi à programmer 220 groupes chaque année. Ni à la qualité d'une émission qui, 20 ans après sa disparition, continue de faire coup double : faire fantasmer les plus jeunes, et rendre nostalgique ceux qui l'ont connu.

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