Les compilations de rap français servent-elles encore à quelque chose ?

Dernièrement, les compiles sont revenues au goût du jour dans le paysage rap : "13 Organisé", "93 Empire", "Art de Rue", la B.O. de "Validé"… C’est un véritable retour aux sources de ce qui a forgé l’identité d’une grande partie du rap français des années 1990. Le format était peu à peu tombé aux oubliettes avant d’enfin revenir cette année. Mais ces compilations version 2020, à l’heure du streaming, sont-elles toujours aussi importantes qu’elles l’étaient il y a 20 ans ?

Pour commencer, il est bon de rappeler que l’ambition des compiles n’est plus la même aujourd’hui. À l’époque, in the 90's, il était capital de réunir différents artistes sur un morceau et surtout de permettre à des rappeurs de se faire connaître auprès d’un public plus large que leur quartier. Aujourd’hui, les enjeux sont bien différents.

13 Organisé” nous rappelle bien sûr le “93 Empire” de Fianso, mais aussi la compile “Dans la sono” du Beat de Boul, chapeauté par Zoxea, réunissant uniquement des rappeurs du 92. L’ambition semble similaire, pourtant la forme ne l’est pas. Sur l’album marseillais, les rappeurs sont entassés sur 13 morceaux à rallonge. Un condensé d’une heure et demie réunissant tous les personnages de l’histoire du rap des Bouches-du-Rhône qui rend l’album presque indigeste tant les morceaux sont longs, comptant au minimum 8 rappeurs par son et jusqu’à 28 sur le bonus track. À Marseille, trop c’est jamais trop.

Comme il a été rappelé ci-dessus, les anciennes compilations permettaient de créer des combinaisons inédites entre certains rappeurs. Malheureusement, la tradition se perd : sur les albums “Le chant des Oiseaux” (supervisé par le média Raplume) et “Art de Rue”, les featurings sont rares. Ces disques sont donc pratiquement constitués de morceaux solos. “13 Organisé” et “93 Empire” faisant exception, les compiles n’ont plus l’objectif d’opposer des rappeurs sur un même son. Est-ce que cela change l’impact de ces albums ? Le temps nous le dira.

Par contre, l’ambition de mettre de nouveaux rappeurs sur le devant de la scène est toujours présente sur les compilations. C’est d’ailleurs ce qui a permis à Elams, Houari et Solda d’obtenir un single de diamant grâce au tube Bande Organisé alors qu’ils étaient pratiquement inconnus il y a encore trois mois. C’est aussi le cas pour HMZ qui a bénéficié de l’appui d’Heuss L’enfoiré et Fianso sur Choupetta, premier single de “Art de rue”, mais aussi premier morceau du jeune rappeur, qui a déjà atteint les 6 millions de vues sur YouTube.

À l’heure du streaming et de la surproduction de musique, il est presque logique que les compiles soient de retour. En parallèle, c’est un autre format qui se développe au sein du rap français : les albums de beatmakers. Myth Syzer, Ikaz Boi ou Twinsmatic ont tous sorti leur propre projet, à chaque fois très réussi. Et si les compiles étaient définitivement remplacées par des albums intégralement dirigés par un beatmaker ? S’ils sont tous au niveau de Bisous ou Brutal 2, c’est tout ce qu'on demande.

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