"C’est pas faux" : l'importance sous-estimée de la musique dans Kaamelott

Derrière ses répliques cultes, ses personnages inopérants et ses dialogues parfois absurdes, « Kaamelott », dont le long-métrage vient de sortir en salles, c’est aussi une certaine vision de la musique. Celle de son créateur, Alexandre Astier.

Pour beaucoup, Kaamelott pourrait se résumer à un bruit de fanfare, à ces quelques notes de cor qui servent de générique et ont probablement fait sursauter des millions de personnes tranquillement installés dans leur canapé. Symboliquement, ces trois appels de cuivres peuvent s'expliquer de deux façons différentes : ils peuvent être interprétés comme un clin d'œil aux trois coups qui ouvrent une pièce de théâtre, ce qui ferait sens avec le contenu de la série, semblable à un théâtre de l'absurde, où tout le monde dialogue mais où personne ne se comprend ; ils peuvent également, et ce serait tout aussi probable, être entendus comme un hommage à ces coups de tocsin qui accompagnaient l'attaque d'une armée.

Là encore, l'hypothèse est plausible, et prend nettement plus d'ampleur quand on sait que ce thème a pour nom Abordage en mer rouge !, si l'on se fie à la BO du film, composée par Alexandre Astier aux côtés de de Frank Strobel, de l'Orchestre National de Lyon, et publiée sur l'illustre label Deutsche Grammophon fin 2020 - excusez du peu !

Kaamelott, c'est aussi ce thème qui apparait à partir du livre V, avec ces boucles, ces grappes de notes épiques, ces motifs orchestraux et ces arrangements symphoniques, qui éloignent la série d’un ton purement comique. C'est également ces nombreux épisodes passés à chercher la quinte juste, à jouer du oud ou à chanter en canon C'est enfin ces quelques notes placées en conclusion de la série, empruntées au thème de Jo, un film sorti en 1971 et porté par la performance d'un des modèles d'Alexandre Astier : Louis de Funès, à qui la série est entièrement dédiée.

C’est là le seul écart que s’est autorisé l’acteur-réalisateur-scénariste-compositeur français. Pour le reste, Kaamelott n'appartient qu'à lui, à ses obsessions pour des orchestrateurs de la trempe de John Williams ou Richard Robbins (Retour à Howards End, Chambre avec vue), à son goût pour la musique moderne - ou du moins, anachronique, totalement éloignée du folklore médiéval -, et à sa volonté de composer une bande-son qui ait de la profondeur, une richesse, tout un jeu sur les textures qui l'éloigne illico des traditionnelles BO de comédies, qui terminent généralement leur vie dans les bacs à soldes.

« Je n'écris pas des choses fun, je n'écris pas une comédie qui est immédiatement digeste et juste rigolote sans conséquence, expliquait à France Musique Alexandre Astier, formé au conservatoire, passé par l'American School of Modern Music et également auteur d’un spectacle dédié à Bach (Que ma joie demeure !). Je fais partie des gens qui pensent que la musique est un cran spirituel dans un film, un spectacle qui est au-dessus du reste, une entité qui est au courant des choses avant qu'elles n'arrivent. Je m'en sers moins pour illustrer que pour prévenir ou alerter le public. »

De façon assez traditionnelle, il existe donc des thèmes pour chaque clan de personnages, pour chaque situation, pour chaque périple entamé par protagonistes de Kaamelott - à titre d'exemple, le thème des Burgondes est basé sur une mesure asymétrique, à sept temps et selon des variations et des textures foncièrement différentes de celles des Celtes ou des Saxons.

La musicalité d’Alexandre Astier, ce n’est plus un secret, se trouve également dans ses dialogues qui, à l’image de ceux de Michel Audiard (Les barbouzes, Les tontons flingueurs), privilégient le son au sens. « Alexandre a la spécificité d’écrire pour des acteurs et des actrices qu’il a lui-même choisi, sans faire passer de casting », confirme Nicolas Gabion, interprète de Bohort. Avant de conclure : « Il y a très peu de place pour l’improvisation dans Kaamelott, chaque phrase est pensée à la virgule près. Un peu comme s’il envisageait l’écriture comme une partition, comme si un personnage était un instrument avec des notes bien spécifiques, comme si le langage premier d’Alexandre était finalement la musique. »

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