Il y a dix ans, Stromae posait les bases de son succès avec "Cheese"

Le 14 juin 2010, la France découvre un Belge d’à peine 25 ans et tombe illico sous le charme de cette pop faussement extatique, qui noie sa tristesse dans une quête de nuit sans fin. Cette date annonce, avec trois ans d’avance, le couronnement de Paul Van Haver sur « Racine carrée ».

Bienvenue chez moi. Dès l'ouverture de son premier album, Stromae se veut clair quant à ses intentions : offrir une plongée dans son propre monde. « J'avais surtout envie de mettre en place un univers autour de moi », confiait-il aux Inrocks. C'est réussi : après avoir effectué différents jobs alimentaires, un stage chez NRJ Belgique et fourni un certain nombre d'instrus à Kery James, James Deano et quelques artistes du label Because, Stromae pose avec « Cheese » les bases d'un style qui s'apprête à prendre possession de la pop music francophone.

Comment ? En faisant ce qui pourrait apparaître comme des fautes de goût (l'EDM, les grosses turbines, les solos de saxophone au moment du refrain, etc.), des forces ; en réconciliant dans un format pop et moderne la chanson française « à texte » et musiques électroniques, interprétation bien sentie et beats frénétiques ; en réunissant dans un même morceau Jacques Brel, Faithless et Black Eyed Peas, pour schématiser de façon grossière.

S'il permet de poser les bases d'une formule, « à la fois jazz, à la fois rock, ou électro », Bienvenue chez moi n'est pas le principal single de « Cheese » : c'est plutôt Alors on danse, un tube immense, dont la production supposément grossière se révèle au contraire foncièrement accrocheuse ; un hymne générationnel qui ramène le spleen sur la piste de danse, permet en grande partie à ce premier effort d’être certifié Disque d’or et prouve que l'on peut faire de la belle et grande musique populaire tout en mélangeant les codes.
En témoigne également Dodo, où le Belge se réapproprie la comptine Dodo l'enfant do pour dérouler un texte noirci par la vie, les violences conjugales, la pédophilie et l'infidélité - combien d'artistes, depuis, ont tenté de reprendre cette formule alliant mélancolie et mélodies enjouées ?

N'en déplaise aux grincheux (vous savez, ceux qui crient à la décadence de la chanson francophone ?), « Cheese » est un des albums les plus captivants et les plus libres entendus en 2010. Rayon « grand public », diront certains. Certes, mais cette précision ne fait que renforcer encore la puissance mélodique de ce disque, autoproduit et paru sur le label de Stromae, Mosaert. Après tout, ils sont rares les artistes à savoir tirer un maximum de possibilités des moyens dont ils disposent, à avoir l’air opulents en dépit de leurs faibles moyens à disposition.

Et qu'importe si les intentions dévoilées sur ces onze titres ne sont peut-être pas aussi abouties que sur « Racine carrée », sorti trois ans plus tard, tout est déjà là : ces mélodies au BPM élevé, cette angoisse souterraine, ces sujets graves, ces notes d'humour et cette volonté de ne jamais parler d'une nuit en club sans en évoquer la possible gueule de bois.

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