Connaissez-vous Kevin MacLeod, l’homme le plus écouté AU MONDE ?

Son nom ne vous dit probablement rien. Mais si vous traînez ne serait-ce qu’un peu sur le web, vous avez sûrement entendu sa musique. Il s’appelle Kevin MacLeod et a composé plus de 2700 morceaux, tous libres de droits. De YouTube en passant par l’industrie du X jusqu’à un film avec Scorsese, l’Américain est partout. Et dans cet article aussi.
  • Débutons par une petite devinette. Savez-vous quel est le point commun entre la plupart des vidéos d’influenceurs qui fleurissent sur YouTube et TikTok, les bêtisiers consacrés aux chats ou aux chutes, les films pornographiques et les jeux vidéo ? La réponse est effectivement : Kevin MacLeod. Pour mettre en musique tous les formats cités, ces dernières doivent être « libres de droits ». Et devinez quoi, cet Américain n’a jamais monétisé ses compositions. Lorsque les créateurs de contenus ont voulu ajouter des chansons à leurs vidéos, tous ont allègrement pioché dans son répertoire. Et ils continuent de le faire aujourd’hui.

    Kevin MacLeod est un enfant des seventies. Il coule une jeunesse tranquille dans le Wisconsin, où il se passionne pour la musique et les ordinateurs. Très tôt, il connecte ses deux hobbies grâce à une sorte de petit clavier électronique. Sans grandes ambitions dans ces domaines, à la sortie de l’école, le compositeur en herbe décroche un job de programmateur informatique. En parallèle de son travail, comme il l’explique dans cette interview, l’idée de créer un site web (Incompetech.com) sur lequel il afficherait les chansons qui lui traversent l’esprit. Il s’exécute, et se met à publier très régulièrement de nouveaux morceaux. Soucieux d’être écouté par le plus grand nombre, chacune de ses compos est « libre de droits » — c’est-à-dire que tout le monde peut les utiliser gratuitement. Tout roule, mais un jour, Kevin MacLeod décide de quitter son poste pour se consacrer à la musique.

    Nous sommes au beau milieu des années 2000, et la chance va frapper à la porte du compositeur. Toujours dans la même interview, Kevin MacLeod explique qu’avec l’arrivée d’une certaine plateforme de vidéos en ligne, tout a changé pour lui : 

    « Au commencement de YouTube, c’était le Far West : tout le monde utilisait des morceaux qui n’étaient pas libres de droits. Rapidement, ce n’était plus possible et les vidéos comprenant des musiques avec des copyrights se faisaient supprimer. Comme j’étais presque l’un des seuls à composer des titres gratuits, les gens se sont mis à les utiliser. L’unique condition était qu’ils me créditent. »

    C’est ici que la machine s’emballe et que l’Américain se met à produire frénétiquement des chansons, toujours disponibles sur son site internet. Les créateurs de contenus en raffolent et sa musique se propage sur toute la toile et ailleurs. Selon la base de données IMDb, ses morceaux ont été utilisés pour 3000 films et plus d’une centaine de jeux vidéo.

    Toujours écouté et crédité par plus de personnes, sa musique va même arriver jusqu’à Hollywood. Lors d'une scène du documentaire, Royalty Free : The Music of Kevin MacLeod (2018), qui lui est consacré, le compositeur raconte avoir reçu un jour l’appel d’un des assistants de Martin Scorsese. Il lui explique que pour un prochain film, le réalisateur veut utiliser l’une de ses créations. Dans l’interview cité plus haut, fidèle à lui-même, MacLeod lui répond : 

    « Quand j’ai eu ce coup de téléphone, j’ai simplement dit que la condition pour se servir de ma chanson était de me créditer. La production a halluciné et m’a proposé de l’argent. Je leur ai alors demandé 30 dollars, soit le prix auquel je vends les licences de mes compositions sur mon site web. Ils n’ont pas trop compris. Finalement, ils m’ont dit : “Ok… on va vous payer plus que 30 dollars !” Je leur ai répondu : “Si vous voulez me donner plus, pas de souci, mais le prix de base, c’est 30 dollars”. » 

    Puisque le sujet de l’argent est sur la table, comment Kevin MacLeod fait pour gagner sa croûte, alors que toutes ses compositions sont gratuites ? Déjà, sur son site, il est possible de payer une vingtaine de dollars par morceau pour ne pas avoir à créditer le musicien. À côté de ça, pour des spots vidéo à fins commerciales, certaines entreprises achètent les licences des chansons. Vous l’aurez compris, le prix est fixé à 30 dollars. Mais il y a d’autres raisons, comme le principal intéressé explique au média L’ADN :

    « En fait, il faut se dire qu’il existe des gens qui souhaitent quand même me rémunérer pour mon travail, même si je ne demande rien en échange. Il y en a également qui payent pour ne pas mettre mon nom en crédit, mais ce n’est pas la grande majorité. Certains veulent juste me soutenir ou me faire des dons. J’ai aussi un peu de revenus publicitaires venant de mon site web. Vous utilisez sans doute un bloqueur de pub, du coup vous ne le voyez pas, mais ça génère quand même de l’argent. »

    S’il n’est pas du tout dans le besoin, le musicien pourrait en réalité gagner bien plus. Imaginez que ses compositions qui fourmillent sur le web deviennent un jour payantes. Que se passerait-il ? L’ADN lui a soufflé cette question : « Énormément de vidéos se feraient “striker”, et je deviendrais instantanément la personne la plus détestée de la planète ! Je ne sais pas combien je me ferais par jour. Peut-être 40 ou 50 millions de dollars ? Quelque chose comme ça… » 

    Bien qu’il soit sans doute l'artiste le plus écouté au monde sur ces dix dernières années, Kevin Macleod reste encore méconnu du grand public. À la différence des influenceurs qui vénèrent sa musique, le compositeur ne cherche pas absolument la célébrité. Une situation à laquelle il s’accommode d’ailleurs très bien.

    Crédit photo en une : YouTube : « Royalty Free: The Music of Kevin MacLeod »