Congratulations : le deuxième album de MGMT a 10 ans

C’est peu dire que le successeur du carton mondial « Oracular Spectacular » était attendu au tournant, et les fans n’ont pas été déçus : lorsque « Congratulations » sort finalement le 12 avril 2010, la grande majorité des membres du fan club peinent à comprendre ce qu’ont voulu faire Ben Goldwasser et Andrew VanWyngarden. La réponse était pourtant simple : tout l’inverse du tube "Time to prétend".

Question à 1 million de dollars : qu’y-a-t-il de plus méritant qu’un disque réussi ? Un disque réussi mais qui déçoit. C’est précisément dans cette zone grise que se place, dix ans après, « Congratulations ».

Avant ça, les deux Américains à l’origine de MGMT ont eu le vent dans le dos : en 2007, personne n’aurait parié sur eux et pourtant ce fut leur année grâce à deux tubes (Kids et Time to pretend) comme ils n’en ont plus jamais composés après. Peut-être traumatisés par le syndrome White Stripes (avec le boulet Seven Nation Army, chanté dans tous les stades et les salles de bain de la planète), les deux abordent alors le changement de décennie avec une idée en tête, une grosse : couler leur carrière avec un disque, si ce n’est expérimental, du moins le moins immédiat possible. Pas beaucoup d’applaudissements dans le bureau du label (Columbia) mais « Congratulations », lui, est sur les rails.

Pensant qu’ils n’ont plus l’âge de faire semblant, Ben Goldwasser et de Andrew VanWyngarden s’embarquent sur une crête semblable à celle de la pochette (un mashup entre Sonic et Itchy & Scratchy des Simpsons). Ayant bien compris qu’ils ne seront sans doute plus jamais capables de pondre une bombe comme leur premier album, ils préfèrent opter pour la contre-allée avec un disque rempli d’hommages (aux Beach Boys pour les harmonies, à Brian Eno, au groupe méconnu des Television Personalities pour la chanson Song for Dan Treacy) et qui plus est produit par une vieille légende (Peter Kember de Spacemen 3).

Bref, ce qui aurait dû ressembler à un joujou de millionnaire, à une crise mégalomaniaque de respectabilité, se transforme rapidement en grosse déception pour les fans, attristés de ne pas avoir un vrai single à se mettre sous la dent. De ce point de vue, c’est volontaire : pour la promo de « Congratulations », MGMT a tout bonnement refusé la sortie du moindre single. Et on les comprend : il n’y en a pas. Des bons titres, en revanche, plein. Flash Delirium, pour commencer, qui fait presque penser à du Metronomy dopé, It’s working ensuite, avec son riff surf et ses couches d’arrangements très éloignés des standards de l’époque.

Perdu dans leur revival 60’s, les membres de MGMT s’en sortiront avec le recul pas si mal. Incompris à sa sortie, « Congratulations » doit se mettre sous la langue plusieurs fois afin de permettre une totale digestion. À la manière d’un Radiohead saccagant sa propre carrière avec « Kid A », le duo sciera sciemment la branche sur laquelle il s’était posé rapidement. Avec plus de talent que Foxygen passé peu ou prou par les mêmes questionnements, il réussira néanmoins à tracer une ligne claire sur le long terme.

Le retour en forme de Ben et Andrew en 2018 avec « Little Dark Ages » est une raison d’espérer : il y a une vie après le tube. La preuve, c’est que le groupe est désormais libéré-délivré de son contrat avec Columbia et a, pour fêter ça, créé son propre label. C’est donc la première fois que les deux miraculés retrouvent leur indépendance depuis les années collège ; libres de publier les sons qu’ils désirent. Comme en atteste la sortie en décembre dernier du titre In the afternoon, encore une fois bien loin des charts.

« Congratulations » était à ce titre prémonitoire : MGMT n’a pas souhaité rester en haut de la montagne comme Kevin Parker, préférant le marathon à la course de vitesse. Une attitude de plus en plus rare dans l’industrie du disque.

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