Comment Camélia Jordana est devenue la voix d'une génération

Invitée dans « On n’est pas couché » samedi dernier, la chanteuse n'a pas mâché ses mots quant à la fréquence et à la violence des interventions policières en banlieue. Depuis, Christophe Castaner s'en est mêlé, la Twittosphère également, et tout s'est emballé. Portrait d'une chanteuse qui, depuis 10 ans, n'a pas la langue dans sa poche.

Camélia Jordana n'aurait pu être qu'une artiste de plus qui, au sortir d'un télé-crochet (la Nouvelle Star, en 2009), se contente d'obéir gentiment aux directives d'un producteur engagé par une major d'assurer un triomphe dans les bacs. Sauf que la Française a rapidement choisi de se libérer de cette image, trop conventionnelle, pour affirmer ses envies d'une « chanson française moderne ». Soit trois albums couronnés de succès (« Lost », son troisième, a remporté le prix du « Meilleur album de musique du monde » aux Victoires de la musique en 2019), qui lui ont ouvert des portes (notamment auprès de Lomepal, Alex Baupain et Poni Hoax, avec qui elle a collaboré) et lui ont malgré tout laissé le temps de s'adonner à son autre passion : le cinéma, qu'elle met à ses pieds un soir de mars 2018 en remportant le César du « Meilleur espoir féminin » pour Le Brio.

Entre-temps, Camélia Jordana, dont les deux grands-pères faisaient partie du FLN, a eu l’occasion de prouver à plusieurs reprises qu’elle n’était pas de ces artistes déconnectés de la réalité. À discuter avec elle, on comprend vite que l’on n’est pas face à une fausse rebelle qui mélange Philippe Poutou, Mao et Manu Chao en se contentant de balancer ses humeurs sur les réseaux sociaux. En 2014, il y a Ma gueule, où elle évoque sa gueule d'« étranger, qui sait pas où aller ». Un an plus tard, elle pose en Marianne, un sein dénudé, en couverture de L'Obs, quelques semaines à peine après avoir rendu hommage aux victimes du Bataclan.

En 2018, cette fois, le nom d'Adama Traoré apparaît dans un de ses clips, et donne l'idée aux Inrocks d'organiser une interview croisée entre la chanteuse et la sœur de la victime, Assa. Dans cet entretien, Camélia Jordana dit notamment ceci : « Malheureusement ceux qui ont la lumière sont ceux qui acceptent de jouer le jeu des strass et des paillettes et de faire coucou sur un tapis rouge […]. En France, beaucoup d’artistes vont craindre de perdre leur public du fait de leur engagement. »

Suite à son passage dans On n'est pas couché, dans lequel elle affirme que « des hommes et des femmes se font massacrer par la police quotidiennement en France, pour nulle autre raison que leur couleur de peau », il y a désormais les antis et les pros Camélia Jordana. Deux hashtags onr d'ailleurs vu le jour : #MoiAussiJaiPeurDevantLaPolice et #JeNeSuispasCameliaJordana. Le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, s'est quant à lui offusqué d'entendre ces « propos mensongers et honteux », qui alimentent « la haine et la violence », appelant dans la foulée à « une condamnation sans réserve ».

Des attaques dont Camélia Jordana s'est bien évidemment défendue, expliquant que ses propos sont simplement là pour faire avancer les choses, regrettant que les dirigeants continuent de nier l'évidence. Dans la foulée, elle a également tenu à préciser qu'elle serait honorée de débattre en direct avec Christophe Castaner « sur le plateau de son choix ». En attendant de connaître l'issue de cette histoire, on peut en retirer au moins un point positif : les violences policières ne passent plus inaperçues, elles sont désormais un vrai sujet de société. Et des artistes comme Jordana décident de s'en emparer. Cela fait longtemps que ce n'était pas arrivé. Qui s'en plaindra ?

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