Il y 50 ans, le Velvet sortait son ultime disque sous-estimé : "Loaded"

Considéré par beaucoup comme un album parfait de A à Z, le dernier album du Velvet Underground, sans John Cale parti depuis longtemps ni Moe Tucker, enceinte au moment de l’enregistrement, est toujours en 2020 l’un des plus beaux disques de ces 50 dernières années.

Si l’on met de côté « Squeeze », le dernier disque officiel du « Velvet » enregistré principalement par Doug Yule (tout le monde avait quitté le navire à ce moment-là), la discographie du groupe américain est absolument parfaite. Et la dernière pierre à l’édifice, « Loaded », sorti en novembre 1970, est une belle lettre d’adieu pour l’un des groupes les plus influents - a postériori - du rock. Mais c’est aussi le manifeste d'une formation qui n’a jamais vraiment connu le succès « de son vivant » et qui voulait sous l’impulsion de Lou Reed, principal parolier, sortir un disque rempli de tubes (« Loaded with hits » dixit Reed).

Il faut dire qu’avant le troisième disque, le groupe est dark et chante l’héroïne, le SM et les excès. Et même si d’autres formations, comme les Doors ou Iron Butterfly (et leur incroyable In a Gadda Da Vida) sont dans le même délire à la même époque, le folk de L.A et Laurel Canyon dominent la scène. Les New-Yorkais adorés par Warhol ne sont pas dans la hype. Avec « Loaded », ils veulent prendre la vague.

Pour raconter l’histoire de ce disque, il faut rembobiner la pellicule de la vie du groupe. Avant « Loaded », les deux forces majeures sont nommées Lou Reed et John Cale (sans oublier l’impact majeur de Moe Tucker à la batterie, debout, et de Nico sur le premier album bien évidemment).

La relation entre les deux mâles alpha est essentielle pour comprendre pourquoi ce disque est orienté vers le rock FM, voire la country à certains moments. John, qui vient de la musique classique, veut que le Velvet soit un groupe avant-gardiste. C’est notamment visible sur le deuxième album « White Light White Heat » avec The Gift ou Lady Godiva’s Operation sur lesquels on entend le Gallois et ses envies d’expérimenter tous les spectres sonores. Le point culminant étant Sister Ray, 17 minutes de tourbillon drogué. Pour le troisième disque, « Velvet Underground », John veut pousser plus loin. Il a par l’exemple l’idée de placer des amplis dans l’eau pour enregistrer certains morceaux. Mais Lou ne l’entend pas de cette oreille. John Cale se barre. Il est remplacé par Doug Yule. 

Sans le Gallois, le Velvet revient à une forme de simplicité (sur le papier uniquement) et lâche donc « Velvet Underground » en 1969 avec l’idée de ne surtout pas refaire un autre « White Light White Heat ». Reed a pris les commandes et infuse le disque de son style et de ses paroles. Un grand calme règne au sein du groupe, qui se reflète sur le disque et ses ballades (Candy Says, Pale Blue Eyes, Jesus, etc.). Mais quelques morceaux annoncent aussi « Loaded » et l’orientation très brute et rock qui fera la force de ce disque, comme Beginning To See Light et What Goes On. Des composistions qui inspireront par la suite Bowie, les New York Dolls, Tom Petty, et plus tard les Jesus And Mary Chain (les Écossais chantent « Velvet skies and the Velvet Underground / I was lost but now I know I'm found / I don't need no way rainy day / All I really need is Sister Ray » sur la chanson Stardust Remedy issue de « Munki »), Primal Scream, Graham Coxon de Blur ou encore les Talking Heads.

Récemment encore, Alice Cooper a repris le titre Rock And Roll, Beck a sorti un disque de reprises du groupe (« Beck's Record Club - The Velvet Underground & Nico ») et en France, Rodolphe Burger a repris sur scène les meilleures chansons des Américains. L’influence est majeure. Et c’est peut-être Brian Eno, toujours lui, qui a su le mieux résumer le groupe avec cette phrase devenue célèbre à propos du disque à la banane : « Peut-être que seulement 500 personnes ont acheté ce premier album, mais ces 500 personnes ont toutes fondé un groupe. »

Sur « Loaded », le Velvet nous fait la totale. Le grand huit. On retrouve Sweet Jane et son riff devenu culte, même si Reed n’a pas apprécié qu’au mix certains éléments aient disparu et que toute la puissance de cette chanson se soit elle aussi envolée. Idem pour New Age, autre moment phare de l’album, douce ballade à propos d’une actrice. Selon Reed, le nouveau manager Steve Sesnick aurait lui-même apporté des modifications. Il aurait aussi modifié les crédits sur l’album pour faire en sorte que Lou passe (presque) inaperçu. Une hypothèse confirmée par Doug Yule dans cette interview. Une manière, aussi, de le manipuler pour que le groupe continue sans le chanteur impassible. Bref, le plus nerveux Head Held High vient relancer la machine. Et ça continue jusqu’au climax, Oh Sweet Nuthin’, sublime titre indémodable qui caresse gentiment l’oreille. Si le disque dure 40 minutes, il aurait pu facilement en faire le double puisque de nombreux morceaux n’ont pas passé la barre. Il y a par exemple Satellite of Love qui se retrouvera sur « Transformer », un disque solo de Lou, ou encore Walk and Talk et Oh Gin. Des chansons qui ont finalement vu le jour dans un boxset sorti pour les 45 ans de l’album. 

Clairement, cet album est le plus accessible du groupe. L’influence de Doug Yule sur ce disque est souvent minimisée, pourtant il formait avec Reed un vrai duo : Lou écrivait les chansons, Doug, 23 ans à l’époque, les arrangeait, même si avec modestie, il avouera plus tard aux Inrocks qu’il jouait le « rôle de soutien ». Un soutien qui a permis à ce disque de naître et d'influencer considérablement l'histoire de la musique rock. 

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