Et si Hamza venait de composer l'album de drill dont le rap avait besoin ?

En attendant l’album commun avec Damso, qu’il a annoncé, l’artiste belge débarque avec un nouveau projet gonflé à la testostérone (« 140 BPM 2 »), en connexion directe avec la scène rap britannique du moment.

Jamais tout en haut de l’affiche mais toujours bien présent dans le paysage musical francophone, Hamza est de ces artistes voués à susciter l’excitation de la presse spécialisée. Peut-être parce qu’il prouve à lui tout seul qu'on ne peut se reposer sur aucun acquis ou n’importe quelle recette miracle. Après avoir exploité en profondeur les codes d’un R&B moderne et hautement influencé par Drake, voire un format parfois plus proche du dancehall et de la trap, le Belge s’est essayé à la drill. C’était en mai 2020, sur l’EP « 140 BPM ». C’était rafraichissant, maitrisé, et surtout porté par un tube (Netflix).

Neuf mois plus tard, Hamza prolonge l’expérience avec « 140 BPM 2 », un disque enregistré en toute spontanéité, et le constat est toujours aussi positif :  il y en effet quelque chose de particulièrement jouissif à entendre Hamza poser ses toplines sur des beats nerveux, qui regardent la scène anglaise sans sourciller, droit dans les yeux - hasard ou non, le Londonien Headie One fait claquer ses rimes sur Don't Tell, le temps d’un passe-passe qui trahit d'évidentes obsessions communes, tandis que PTSD, placé en ouverture, doit son titre à un morceau de Pop Smoke.

Tous les autres morceaux sont du même calibre, et notamment les impressionnants Fuck Friends et Jalousie avec leurs paroles teintées d'amertume et de désillusion, qui confirment la faculté du Saucegod à se positionner en permanence dans un entre-deux : entre l'introspection (« J'ai la chance d'avoir ma mère sinon j'serais perdu dans c'monde de merde ») et les rimes canailles (« J’ai toujours un glock avec moi, c’est pour ça que j’porte pas de slim »), entre les atmosphères enfumées et les sonorités orientales (Cheikh), entre les productions hypnotiques et les bangers egotripés.

À l’image de Keke, véritable sommet d’un disque orchestré par Ponko - les autres morceaux étant produits par Prinzly, Nico Bellagio, Lucozi ou encore Ikaz Boi, toujours selon une formule parfaitement définie. En clair, n'attendait pas un single pop à même de porter le projet en radio.

Côté casting, notons également la présence de Zed (13 Block), Guy2Bezbar, Kaaris et un des poids lourds de la drill française (Gazo) : autant d’invités qui amènent de nouvelles nuances à un univers très codifié, où le fond compte souvent moins que la forme. C'était déjà le cas par le passé. Ça l'est de nouveau sur « 140 BPM 2 » : on y parle, selon une diction probablement ralentie par une consommation élevée de THC, de pop culture (Dexter, Titanic, Starsky & Hutch), de rester vrai, d'amitiés sincères, de « fumer la ganja jusqu'au black-out » ou même de « baiser des salopes en doggystyle », sans que cela soit perceptible à la première écoute. À la deuxième ou troisième écoute non plus, mais la production, tout en beats saccadés, se charge non seulement de séduire l'oreille, mais aussi de mettre en relief le flow d'Hamza, impressionnant dans sa façon de se jouer des syllabes et de varier les octaves.

C'est là toute l'intelligence, la force et la singularité du Bruxellois : parvenir à transmettre via une écriture aussi codée que cryptique des airs qui imprègnent profondément l'esprit. Un peu comme ces films qui, parfois, intègrent le langage populaire moins pour leur propos que grâce à des scènes parfaitement stylisées.

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