Y’a-t-il un âge limite pour faire du rap ?

Une question qui semble n'avoir jamais quitté l’espace public. Et qui ressurgit comme par magie depuis la publication du dernier album en demi-teinte de Booba.

« On peut vieillir dans le rap ». Ça, c'est ce qu'affirmait Kool Shen dans une interview accordée à 20 Minutes en 2017. Son troisième album, « Sur le fil du rasoir », venait alors de sortir et, clairement, ce n'était pas la meilleure façon de lui donner raison. Depuis, d'autres éléments sont venus alimenter l'argumentaire des plus réfractaires : le livestream donné par IAM le week-end dernier, les tournées nostalgie aux performances parfois gênantes, le dernier album de Booba, sur lequel on revenait en longueur ici-même, tandis que la plupart des icônes du rap français des années 1990 ont plus ou moins quitté le circuit (Stomy Bugsy, Passi, Solo, Ärsenik).

Il serait toutefois injuste de prétendre que les rappeurs n’ont pas le droit de s’éterniser au sein du paysage musical. Parce que la question se pose également dans d’autres genres musicaux : que reste-t-il d’un mythe tel que Pete Doherty, par exemple ? Et parce que de nombreux exemples viennent prouver que l’important est avant tout de faire la musique en phase avec son âge, avec son vécu.

C’est en cela que le dernier album de Rockin Squat est un très bon cru, profondément connecté à New York ; en cela que « 4:44 » de Jay-Z a marqué les auditeurs, forcément touché par une telle mise à nu ; en cela que l’ultime disque d’A Tribe Called Quest (« We Got It from Here ...Thank You 4 Your Service ») fait plaisir aux amateurs de rap 90’s sans jamais être passéiste.  

En fin de compte, ce qui rend l’exercice plus difficile dans le rap qu’ailleurs, c’est peut-être parce que le hip-hop est une musique qui se renouvèle en permanence, qui se nourrit de toutes les tendances et fait sans cesse émerger de nouveaux mots, de nouvelles expressions - pas sûr, par exemple, que Joey Starr sache à quoi Gambi fait référence quand il parle de « guenav ». Et ce n'est en rien un problème.

Dès lors, plusieurs options semblent se présenter aux artistes : rester fidèle à ce que l'on a toujours proposer (c'est le cas d'IAM ou Kery James), se réinventer dans des formats plus convenus (coucou Oxmo Puccino !), chercher à coller aux tendances sans faire dans le jeunisme pour autant (Rim’k, Médine) et, plus important encore, s'obstiner à composer des œuvres qui traversent les époques. Autant d’options transposables au hip-hop américain avec respectivement Ice Cube, Pharrell, Kanye West ou encore Snoop Dogg, tellement libéré de toute forme d'emprise temporelle qu'il semble jouir d'une extrême coolitude quoiqu'il fasse.

Histoire de plaider en faveur des rappeurs, citons deux exemples récents à même de valider leur présence sur le long terme : le dernier album Nas, « King’s Disease », parfaitement maitrisé et auréolé d’un joli succès malgré son esthétique boom-bap ; et le couplet posé par MC Solaar sur l'album d'Ash Kidd. Soit une excellente façon de rappeler qu’un rappeur, même à 52 ans, n’a aucune raison de penser à la retraite tant qu'il continue de manier la rime avec passion et précision. Après tout, et contrairement à ce que beaucoup aiment prétendre, le rap n'est pas une musique de jeune : simplement un genre musical qui tend à garder sa fraicheur juvénile.

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