Pourquoi "Verneuil", la maison de Gainsbourg, fascine-t-elle toujours autant ?

Longtemps, Serge Gainsbourg a occupé la même maison, rue de Verneuil à Paris; une maison-mausolée qu’il a transformée en véritable œuvre d’art. Depuis sa mort voilà pile 30 ans, aucun objet n’a été déplacé, sous la surveillance de Charlotte Gainsbourg. Et cette dernière comptera enfin transformer en musée ce lieu qui suscite de nombreux fantasmes.

Cela fait presque 30 ans que Serge Gainsbourg est mort. Depuis, le monde a subi de multiples métamorphoses. Mais une chose est demeurée inchangée : la maison du chanteur, située au 5 rue de Verneuil, dans le VIème arrondissement de Paris. Juste à côté de l’école des beaux-arts, où il a étudié des années plus tôt, au coeur de Saint Germain des Prés.

Il en fait l’acquisition en 1969 ; il est alors en pleine gloire, et vient d’entamer une relation avec Jane Birkin. Avec la fille de cette dernière, Kate, puis Charlotte en 1971, ils occuperont cette maison jusqu’en 1980, avant que Jane ne fasse ses valises et claque la porte. Gainsbourg, lui, y reste jusqu’à sa mort en 1991. Durant ces vingt-deux années, la rue de Verneuil sera son repaire, son lieu de création, un endroit où tout est maîtrisé.

Dès l’emménagement, il décide de repeindre tous les murs en noir, une idée reprise à Salvador Dali. Aucune référence gothique, ici : pour le chanteur, comme il l’explique dans un reportage télé en 1972, « le noir, c’est la rigueur absolue ». Mais ce qui frappe en premier lieu, c’est le foisonnement d’objets qui font la décoration. Des objets d’art, tableaux, des portraits grand format (dont un portrait grandeur réelle de Brigitte Bardot), des instruments (piano classique, Fender Rhoades, et magnétophone), des coupures de presse, mais aussi des choses plus étonnantes, comme une collection de 250 objets venus de la police : insignes, menottes, munitions, etc. Tout semble disposé dans un chaos total. Mais il n’en est rien. Dans le même reportage, Gainsbourg explique : « je suis très maniaque. Quand j’ai trouvé la place idéale d’un objet par rapport aux autres, selon les rythmiques élémentaires du nombre d’or, il ne doit plus bouger ». Un contrôle maniaque qui excluait Birkin. « C’était une prison » racontait-elle en 2018, tout en montrant encore une grande affection pour l’artiste.

Et depuis, tout est resté intact. Les mégots de Gitanes sont toujours fichés dans les cendriers, les bouteilles de vin entamées n’ont jamais été vidées, rien n’est venu perturber la précision millimétrique de ce décor. La statue de Claude Lalanne, L’Homme à tête de chou, qui a inspiré à Gainsbourg un de ses chefs d’oeuvre, campe toujours fièrement dans le salon. Une conservation que l’on doit à Jean-Pierre Prioul, ami de la famille, selon la volonté de Charlotte Gainsbourg, propriétaire du lieu. « Elle a tout préservé, comme dans La Belle au bois dormant » nous racontait Jane Birkin en septembre dernier.

Car c'est bien une ambiance digne d'un conte étrange qui règne, que les fans ont pu véritablement découvrir en 2017 avec la publication d'un livre de photographies de Tony Frank. Ami de Gainsbourg, auteur de la pochette de « Melody Nelson », il était souvent venu rue de Verneuil pour des séances. Il mêle alors les photos d’époque à des clichés récents, où l’absence de Gainsbourg ne fait qu’accentuer sa présence dans toute la maison. Comme si une machine nous faisait subitement rentrer dans son esprit, dans ses souvenirs immaculés.

Les fantasmes viennent alors naturellement. On se demande comment était Gainsbourg en ces lieux, à l’abri. Comment se révélait cette facette sensible et timide de sa personne, comment il passait du clown grimaçant Gainsbarre au clown joyeux avec ses filles, mais aussi les sautes d’humeur provoquées par son alcoolisme, dans ce lieu devenu autant un bunker qu'une prison. Charlotte, elle, semble avoir affronté les esprits de ce lieu en 2017, en réalisant le clip de Lying With You, tiré de son dernier album. On l’y voit, ainsi que sa propre fille, arpentant les pièces vides de cette maison, dans une expression de deuil poignante.

Le 5 rue de Verneuil reste encore aujourd'hui un lieu de pélerinage pour tous les admirateurs du chanteur, qui viennent chacun ajouter un graffiti ou un message sur la façade. Dans son interview, Jane Birkin nous confirmait que la transformation du lieu en musée était toujours d’actualité, porté par Charlotte. Imaginé depuis plus de vingt ans, le projet se heurte notamment à l’exiguïté du lieu, entraînant une logistique complexe. La situation semble cependant se débloquer, bien qu'aucune confirmation n'ait encore été faite. On espère, en tout cas, pouvoir bientôt voir le fantôme de Serge.

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