Le disque de la semaine : « Bendero » de Moha La Squale

Inconnu il y a encore un an, Moha La Squale donne l'impression de s'être imposé depuis comme l'un des poids lourds du rap français. À juste titre ? « Bendero », son premier album, ne résout pas complètement l'énigme.

« La Squale, ma gueule ! ». C'est marrant parfois, les projections que l'on se fait quand on écoute un album pour la première fois. Nombreux sont les médias à parler de « Bendero » comme de l’une des grandes sorties hip-hop de l’année 2018, alors que l’on est persuadé ici que ce costume de « nouveau poids lourd du rap français » est bien trop grand pour Moha La Squale. Sa signature chez Elektra France et le concept de son premier album (24 titres répartis dans un prologue, trois chapitres et un épilogue) entretiennent bien évidemment ce statut, mais le MC de 23 ans semble avant tout vouloir raconter sa vie et son intimité - voire ses origines, comme sur 5 juillet 1962, en référence au massacre d'Oran survenu quelques heures avant la proclamation de l'indépendance de l'Algérie.

« Rappelle-toi que j’étais seul et tout seul sera La Squale. » Pour comprendre ce besoin d’exister, vital, quasi obsessionnel, sans doute faut-il dire un mot sur son enfance dans le XXème arrondissement parisien, au cœur du quartier La Banane où il commence à vendre de la drogue à seulement 12 ans et emprunte un chemin qui le mènera directement à la case prison.

Peut-être faut-il aussi évoquer son passage au sein du cours Florent suite à une performance convaincante dans le court métrage belge La Graine. En clair, Moha La Squale ne fait rien comme les autres, et ses freestyles dominicaux sont là pour le prouver. Problème : exceller en freestyles ne garantit en rien un résultat de la même teneur une fois en studio – Wojtek, champion des Rap Contenders, peut en témoigner.

En mode repeat. « Bendero » a certes quelques arguments à faire valoir : une sincérité touchante, un certain sens de la formule lorsqu’il s’agit de raconter une vie autrefois dominée par l’aléa et la détresse, une énergie réjouissante et une spontanéité dans l’écriture. Malheureusement, l’écoute laisse peu à peu transparaître les défauts déjà aperçus lors des derniers freestyles mis en ligne par Moha La Squale : un flow monotone, des thèmes parfois redondants (selon le site Hiphopinfosfrance.fr, on entend 134 fois le mot « Bendero » au sein de ces 24 morceaux) et des productions un peu trop répétitives.

En demi-teinte. Moha La Squale a donc beau être l’un des artistes les plus suivis du paysage rap, « Bendero » souffre souvent d’un déficit de liberté, d’audace, de folie, de mise en danger. Même les titres les plus forts de l’album (J'me rappelle papa, La BP) semblent plus ou moins dans les clous d’une certaine tradition, que ce soit celle du boom bap ou des beats accompagnés d’une guitare acoustique au cas où vous n'auriez pas compris qu'il s'agit là de morceaux mélancoliques. C’est parfois excitant, mais on aimerait bien aussi, de temps en temps, être emballé par une vision nouvelle qui balaierait nos attentes. Et surprendrait.

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