Est-ce qu'on n'en fait pas un peu trop avec Travis Scott ?

Une question que beaucoup se posent au cours de ces dernières semaines, qui ont vu le rappeur américain donner un « concert » sur Fortnite et dévoiler une nouvelle collaboration avec Rosalía.

Depuis quelques années, Travis Scott est un artiste qui suscite fantasme et fascination. Plusieurs rappeurs français (Disiz, Laylow, Hamza) n’hésitent pas à évoquer l’importance d’« Astroworld » dans le paysage moderne ;  une agence digitale a créé une intelligence artificielle censée l’imiter, allant jusqu'à réaliser un clip où l'on voit une version numérique du rappeur américain se déchainer ; quant à Fortnite, le jeu vidéo a accueilli une de ses performances en avril dernier, réunissant plus de 12 millions de gamers le même jour. Autant dire que Travis Scott a tout pour déchainer les foules et voir son nom écrit au feutre noir sur la trousse des adolescents du monde entier.

C'est une véritable star, incontestable et priée de le rester. Ce qu'un jeune spectateur du festival Astroworld résume à la perfection dans le documentaire Look Mom I Can Fly : « Travis Scott, c’est le meilleur artiste live de cette planète, il n’y a pas photo ! »

Que Travis Scott soit un artiste essentiel, influent et audacieux, cela ne fait aucun doute - y compris quand ses projets, à l’instar de « Jackboys » paraissent plus conventionnels, peut-être trop inspirés par ce que l’époque a en réserve. Pourtant, force est d’admettre que son attitude paraît parfois un rien forcée, comme si l’Américain était trop attaché aux tendances pour pleinement s’en détacher - un reproche que l’on pourrait également adresser à Drake, avec qui Travis Scott semble partager ce goût pour l’appropriation d’autres genres musicaux, sans réellement chercher à les reformuler.

Peut-être en fait-il trop. Après tout, peut-on gérer un label (Cactus Jack), organiser un festival, développer une collaboration avec Nike, réaliser ses propres clips, envisager ses concerts comme des évènements en même temps que des grands coups marketings (pensons ici à sa performance lors de la mi-temps du Super Bowl en 2019) et multiplier les featurings tout en restant sincère ? Peut-on envisager tant de déclinaisons à son art sans s'égarer dans ses arcanes les plus superficielles ?

Tout se passe en réalité comme si Travis Scott cherchait à affirmer sa mainmise sur le hip-hop (et donc la pop) contemporain. Ce n'est pas le seul à nourrir cette ambition, c'est son droit et il n'a jamais caché sa volonté de devenir l'artiste ultime. Le problème, c’est que cette appétence se concrétise parfois dans des œuvres trop égotiques, qui ne racontent pas grand-chose du monde alentour (ce que l’on est en droit d’attendre d’une icône) et semblent parfaitement au courant de l’engouement qu’ils pourraient susciter.

Notamment auprès des médias, presque tous acquis à sa cause, là où Travis Scott mériterait parfois d’être bousculé. Un peu comme ses élèves peut-être trop conscients d’eux-mêmes que l’on titille de temps à autres pour les inciter à exploiter toujours plus leur capacité, jugée bien au-dessus de la moyenne. Travis Scott, c’est exactement ça : un artiste fascinant, capable d’enchainer casquettes et costumes avec la même aisance que d’autres grands noms du paysage pop avant lui, mais qu’il faut parfois remettre en cause pour l’encourager à proposer de l’inédit.

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