Jean-Paul Belmondo, l’as des as des bandes originales

Décédé hier à l'âge de 88 ans, Bebel a travaillé avec les plus grands compositeurs (George Delerue, Michel Colombier, François de Roubaix, Ennio Morricone, etc.) le temps de quelques BO moins marginales mais tout aussi magnifiques que lui.
  • À bout de souffle (1960)

    « Lorsqu’une société disparaît, ce qui lui survit c’est la forme d’art qu’elle s’est choisie ». Il n'y a rien d'étonnant à ce que Jean-Luc Godard cite Hollis Frampton dans son Livre d'image. Dès ses débuts, alors que le monde disait adieu aux années 1950, le réalisateur choisissait l'avant-garde, la modernité cinématographique. À bout de souffle en est la parfaite incarnation. De même que sa BO, pilotée par Martial Solal, bien décidé à ne pas se fier aux légères directives d’un Godard intrigué par l’idée de construire les thèmes du film autour d'un banjo.

    À la place, le compositeur prend des libertés : il choisit son orchestre, offre une tonalité jazz, compose deux thèmes principaux de 5 notes chacun et les envisage selon deux atmosphères différentes, tour à tour angoissante et délicate. C'est la révélation, À bout de souffle accède à l'éternité et rappelle au passage que Jean-Paul Belmondo était peut-être la seule nouvelle vague dont on aurait aimé profiter un peu plus longtemps.

    Un homme qui me plaît (1969)

    S'il n'est pas le plus connu des films de Belmondo, Un Homme qui me plait de Claude Lelouch est du moins révélateur de son rapport à la musique. Ici, l'acteur incarne en effet le rôle d'un compositeur de musique de film, passe les différentes scènes du long-métrage à en parler et donne même à Annie Girardot une leçon d'orchestration au sujet des musiques de western. Cerise sur le gâteau : c'est à Francis Lai, comme toujours avec Claude Lelouch depuis 1966, qu'a été confiée la bande-son, dont les mélodies, tout en délicatesse et en mélancolie, offrent à cette histoire d'amour le charme de celles qui donnent envie de se perdre dans le regard de l'autre.

    Flic ou voyou (1979)

    Pendant un temps, la bande originale de Flic ou voyou a été la plus chère de l'histoire du cinéma français. Il faut dire que le casting est alléchant : d'un côté, Philippe Sarde (Les choses de la vie, Le Juge et l'assassin, Tess, etc.) et Maurice Vander (homme de l’ombre de Claude Nougaro) ; de l'autre, l'immense Chet Baker et le contrebassiste américain Ron Carter. Ensemble, ils mettent en son un thème tout en nuances, aux teintes jazzy, et rappellent qu'une bonne comédie doit pouvoir s'appuyer sur des mélodies imposantes, universelles, dont l'intelligence tranche parfaitement avec les gags du film.

    L’as des as (1982)

    « Il fait partie des acteurs qui inspirent les compositeurs de musique ». Dans une interview à BFM, Vladimir Cosma ne tarit pas d'éloges au moment d'évoquer Bebel, avec qui il a collaboré sur certains films : L'animal (1977) et L'as des as (1982), notamment. Pour ce dernier, le compositeur synthétise tout ce qui caractérise son style : des cuivres emphatiques (on est au JO de Berlin, après tout), des notes sensibles, l'apparition d'un piano qui accroche l'oreille, des orchestrations qui flirtent avec le romantisme et une évidente faculté à composer des mélodies extrêmement populaires, qui marquent l’imaginaire collectif. Une certaine idée du cinéma, en quelque sorte, qui colle parfaitement avec celui qu’incarnait également Belmondo : exigeant et accessible, musclé et sensible.

    Le Professionnel (1983)

    Il faut le savoir : Chi Maï n'a pas été composée par Ennio Morricone pour Le professionnel. Celle-ci date de 1971 et a été pensée pour accompagner les images de Maddalena de Jerzy Kawalerowicz avant de devenir un succès populaire en Grande-Bretagne. C'est en revanche à Belmondo que l'on doit sa présence dans le film de Georges Lautner. Ce dernier l'a entendu à la radio et tout lui paraît évident : Chi Maï doit figurer au générique du Professionnel, de préférence lors de son ultime scène, histoire d'en renforcer toute la dramaturgie. Ce qu’il en reste ? Un épilogue à faire pleurer les durs à cuire, 900 000 exemplaires écoulés et diverses utilisations, dont deux par Alain Chabat : dans un sketch des Nuls parodiant la pub Royal Canin, et dans Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre.