Il y a 25 ans, Christophe faisait son grand retour avec "Bevilacqua"

Depuis sa disparition en avril 2020, la moindre excuse est bonne pour réécouter Christophe, ce « dandy clodo » capable de s'abreuver aux sources les plus expérimentales et avant-gardistes. Le 25ème anniversaire de « Bevilacqua », son dixième album, est en cela l’occasion rêvée de se rappeler à quel point le « beau bizarre » a su, après un hiatus discographique de treize ans, modernisé la chanson française en la confrontant aux musiques électroniques.

Au cours des années 1980, nombreux sont les avant-gardistes de la chanson française des deux décennies précédentes à prendre un peu de recul : Brigitte Fontaine, Colette Magny, Catherine Ribeiro, toutes semblent alors tourner le dos à l'industrie du spectacle. À la même période, Christophe a visiblement les mêmes envies : après un dernier album chez Les Disques Motors, « Clichés d'amour », sorti en 1983, Daniel Bevilacqua marque une pause de treize ans. Il y a bien deux-trois singles, mais rien qui ne marque les esprits.

À l'époque, on dit qu’il passe ses journées à chiner des jukebox dans toute la France. On dit aussi qu’il assouvi sa passion pour les voitures en écumant ses nuits dans une Citroën Méhari équipée d’un téléphone portable. Ce que l'on sait moins, c'est que Christophe en profite surtout pour peaufiner sa technique, son approche du son, cette science des arrangements qui, selon lui, est la seule solution à même de le démarquer de la concurrence. Ainsi né « Bevilacqua » en 1996, l'œuvre proto-variété d'un esthète tout heureux d'expérimenter différents sous-genres des musiques électroniques : l'IDM, le trip-hop, la techno, etc.

Quand plus d'une décennie sépare un album de son successeur, le réflexe logique est de se dire que l'artiste a passé de longues heures à parfaire chaque morceau. Dans le cas de ce dixième album, rien n'est moins vrai : enregistré au studio Ferber, où la plupart des anciens albums de Christophe ont été mis sur bandes, « Bevilacqua » est né assez rapidement, nourri de ses obsessions personnelles - les voitures (Enzo, hommage ambitieux au père fondateur de Ferrari), Alan Vega (dont la présence sur Rencontre à l’as Vega acte une collaboration fructueuse), les parfums (Parfums d’histoire), etc -, influencé par ses écoutes (« Outside » de Bowie) et inspiré par différentes histoires bel et bien vécues.

C'est le cas, par exemple, de Label obscur, qui dresse le portrait d'un Américain venu lui vendre près de 300 78 tours de blues afin de payer son divorce. 25 000 francs plus tard, Christophe n'a jamais reçu les disques en question…

Depuis 1965 et la sortie d’« Aline », Christophe n’avait plus enregistré sur une major - AZ, à l’époque. Le fait que « Bevilacqua » soit publié chez Sony aurait pu être en cela un signe inquiétant, à peine nuancé par Le tourne-cœur, un premier single peu représentatif de la façon dont le « Beau bizarre » défie les normes avec style tout au long de ces treize compositions. L'interview, Qu'est-ce que tu dis là, J't’aime à l'envers, Je cherche toujours : toutes ces chansons séduisent en effet par leurs structures labyrinthiques, tout en nuances, systématiquement portées par le souffle d'une voix aussi fragile que vibrante.

Cette même voix qui, dotée d'une évidente force expressive, donne l'impression de pouvoir confier une émotion précise à chaque mot, de pouvoir à elle seule créer un univers ambivalent, jamais totalement mélancolique, mais toujours terriblement mystérieux. La preuve : 25 ans après sa sortie originale, « Bevilacqua » vient d'être réédité, agrémenté de quelques remixes qui n'apportent pas grand-chose mais rappellent à quel point l'on n'a pas fini d'analyser les chansons de ce « Dandy clodo ». L'un des rares du paysage français à avoir su transformer sa musique en une expérience quasi mystique.

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