Christophe, le dernier des Bevilacqua, vient de mourir

C’était le prénom le plus célèbre de la chanson française, le dernier vrai géant : Christophe est mort cette nuit à Brest, où il était hospitalisé depuis une dizaine de jours.

Jusqu’à la dernière seconde, personne n’a voulu y croire : fin mars, Christophe était hospitalisé en urgence à Paris, sans qu’on sache précisément si le musicien avait testé positif au COVID-19 ou pas. Depuis, peu de nouvelles hormis qu’il était maintenu en réanimation et que son état, qualifié de stable, ne présentait pas de signes d’amélioration. La nouvelle a fini par tomber cette nuit, lourde : c’est fini. Autoproclamé dernier des Bevilacqua depuis 1974 et l’album chef-d’œuvre « Les mots bleus », il s’est éteint à l’âge de 74 ans en laissant derrière lui l’une des carrières les plus incroyables de l’histoire française contemporaine. Coronavirus ou emphysème, les causes du décès ne sont pas encore clairement connues. 

Révélé en 1963 puis rapidement connu pour son tube Aline en 1965, il commence par parcourir les années 1960 à la façon des chanteurs yéyé, mais déjà avec un pas de côté.

Passionné de voitures de courses et de jolies filles, le jeune Christophe aborde le début des années 1970 comme un virage de course, se laisse pousser la moustache, fait la rencontre du producteur Francis Dreyfus et opère une première métamorphose sur le label Motors où il publiera trois disques définitifs, « Les mots bleus » « Les paradis perdus » et « Le beau bizarre » en 1978, disque étonnamment rock qu’on réécoute encore avec un plaisir jouissif aujourd’hui. Remis sur la piste pour de bon, Christophe compose encore quelques tubes à la pelle (dont La dolce vita et Succès fous, adorés par Tellier et Julien Doré) puis, comme son à habitude, surprend tout le monde en disparaissant de 1983 à 1996, année de son grand retour avec « Bevilacqua », un disque électronique publié en pleine période trip-hop et jungle, où Christophe fait l’une des plus belles déclarations d’amour à son patron, Enzo Ferrari.

C’est le début d’une période d’expérimentation qui durera jusqu’à aujourd’hui, pendant laquelle le moustachu le plus célèbre de France fera oublier Aline et Les Mots bleus avec une série d’albums aventureux dont le dernier et splendide « Les vestiges du chaos », synthèse parfaite de toutes ses amours, avec notamment son pote Alan Vega de Suicide, de l’Auto-Tune et le blues, qui ne l’avait jamais quitté.

L’histoire est maintenant terminée, elle permettra aux fans de redécouvrir avec passion les disques les plus récents, notamment « Comm’si la terre penchait » (2001) ; une énième preuve qu’avant d’être l’un des plus beaux chanteurs que le pays ait jamais connu, Christophe était surtout un architecte du son, version hexagonale de Scott Walker, toujours en quête de nouvelles textures à malaxer sur ses machines. Son ami de toujours, Jean-Michel Jarre, a déclaré à l’annonce de sa mort :  “C’est un pan de ma vie qui s’écroule, un paradis définitivement perdu.” Les deux s’étaient rencontrés sur l’album du même nom, Jarre ayant écrit parmi les plus belles paroles de l’œuvre de Christophe.

Au paradis, le vrai, Christophe devrait prochainement avoir droit à l’une des meilleures tables, aux côtés d’Alain Bashung, son autre ami de toujours.

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