L'histoire secrète de la pochette de "The Man-Machine" de Kraftwerk

A priori, il suffit de quatre mecs qui regardent vers le futur en faisant la gueule pour créer une pochette mythique. Enfin, c'est un peu plus complexe que ça. Explications.

Si Kraftwerk a créé le son du futur avec “The Man-Machine”, les Allemands ont dû s'inspirer du passé pour créer la pochette du disque. Ce qu'on sait : le groupe a révolutionné la musique électronique. Ce qu’on sait moins, c’est que toute l’esthétique du disque est directement influencée par le collectivisme russe des années 1920. L'idée principale de ce mouvement d’art moderne est très simple (et elle colle parfaitement à la musique de “The Man-Machine”) ; il s’agit de créer un art nouveau pour un homme nouveau dans une nouvelle société. En l'occurrence, l’homme va se transformer en machine chez Kraftwerk, annonçant directement leur vision futuriste au monde.

Lorsque l’on regarde de plus près, les éléments de la pochette de “The Man-Machine” ne sont pas là par hasard. Réalisée par Karl Flefisch et Günther Fröhling, celle-ci reprend les codes industriels de l’avant-garde russe en y ajoutant une photo prise dans le studio d’enregistrement du groupe, à Düsseldorf. Aucun des quatre membres ne semble éprouver une quelconque émotion, ils sont comme déshumanisés, en train de se transformer en machine. 

Le parallèle avec le collectivisme se fait surtout au niveau des couleurs et de la géométrie. Le rouge, le noir et le blanc étaient déjà utilisés en abondance par les peintres avant-gardistes, créateurs de cette nouvelle esthétique graphique reprise plus tard par le pouvoir en place pour en faire... de la propagande. La cover est directement inspirée par l’artiste El Lissitzky, qui était autant photographe que designer ou architecte. Un CV qui lui permettra de travailler pour le régime soviétique afin de moderniser le pays.

En mélangeant l’art moderne des années 1920 avec leur musique électronique, les Allemands ont réussi à influencer l’esthétique visuelle d’autres musiciens, et ce jusqu’au XXIème siècle. C’est notamment le cas de Franz Ferdinand. Deux exemples : dans le clip de Take Me Out, les Anglais rentrent complètement dans l’univers de l’avant-garde russe. Et la pochette de leur deuxième album "You Could Have It So Much Better" est une référence directe à l'artiste Alexandre Rodtchenko et ce poster datant de 1924.

À jamais gravée dans l’histoire de la musique de par ses influences (et ceux qui s’en sont inspirés), la pochette de “The Man-Machine” est désormais exposée au MoMA à New York. Avec cette cover, les membres de Kraftwerk ont pu se ré-approprier un art qui semblait pourtant totalement éloigné de leur musique. Que l’avant-garde soit, et l’électro fut.

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