Accusé de viol, le guitariste de Salut C'est Cool force le groupe à se séparer

Dans la soirée du 8 juin, le groupe a publié un communiqué expliquant courageusement l’exclusion de leur guitariste, James Darle, suite à une accusation de viol le concernant. Un autre membre, Martin Gugger, a annoncé son départ dans la foulée. Salut, c'est plus cool.

C’est une triste confirmation que personne n’est épargné par la culture du viol. Alors que le groupe est porteur de valeurs positives, inclusives, on apprenait hier que le guitariste de Salut C’est Cool, James Darle, est accusé de viol. Ce dernier était le premier à prendre la parole dans un post Instagram sur son compte personnel. Il y raconte qu’une amie, avec qui il a eu une relation sexuelle il y a trois ans, est venue lui en parler en janvier. Elle lui aurait alors expliqué avoir réalisé que leur rapport « avait cessé d’être [consenti] », ce qui impliquerait donc un viol. Après plusieurs discussions, il décide de prendre publiquement la parole pour s’en excuser. « Son témoignage m’a fait prendre conscience de mes erreurs », poursuit-il, évoquant aussi son « inconscience ». « Je ne peux qu’espérer que ma démarche ouvre des discussions et apporte des perspectives d’apaisement » conclut-il, sans préciser de quelle sorte d’apaisement il parle.

Cependant, c’est un tout autre son de cloche qui vient du reste du groupe. Dans la foulée de cette révélation, son camarade Martin Gugger déclare son départ du groupe via Facebook. « Salut c’est cool portait des valeurs comme la liberté, le respect et le consentement, et je considère que ce groupe n’est plus capable de défendre ces valeurs » explique-t-il. Il conteste également le témoignage de Darle : « Sa version des faits est inexacte, n’aide personne à part lui-même et ne remet pas du tout en question sa position ». Avant de conclure : « la culture du viol est partout, et nous devons faire notre maximum pour nous en rendre compte et changer les choses en profondeur ».

Enfin, le reste du groupe a finalement pris la parole deux jours plus tard. Et eux aussi contestent la version de James Darle : « Nous tenons donc à porter la parole [de la victime] qui est claire : elle a subi un viol. Et nous la soutenons. » Ils précisent l’exclusion de James, qui s’engagerait « à initier un processus de remise en question », tout en regrettant le départ de Martin, « mais nous le comprenons ». Pour le moment, le groupe n’est pas officiellement dissous, mais tous leurs futurs concerts sont annulés.

Les musiciens relaient également un message de la personne accusant James, tout en préservant son anonymat. « Les violeurs ne sont pas seulement des inconnus croisés au détour d’une ruelle sombre. Les agresseurs, ce sont aussi nos amis, nos frères, nos pères. Le viol est un problème systémique » expose-t-elle. « Tant que le silence et le tabou resteront les seules réactions disponibles à adopter pour les victimes et leur entourage, les choses ne changeront pas. » Le post se conclut par un lien vers plusieurs ressources sur la notion de consentement, renvoyant vers des collectifs féministes (dont #MusicToo), ou des podcast documentaires.

Du côté des fans du groupe, c’est la stupéfaction, ainsi qu’une profonde déception. Si la plupart des commentaires saluent la prise de position du groupe, c’est également la désillusion qui règne. Il faut dire que les valeurs affichées par le groupe sont à l’opposé de ces accusations. Depuis leurs débuts, les musiciens ont créé un univers kitsch et enfantin, mais d’où ressort une étrange poésie. Jusqu’à aujourd’hui, ils étaient les parfaits représentants de cette culture du web, très portée sur la dérision permanente. Leurs débuts en 2010 étaient d’ailleurs en lien avec le site humoristique 10 Minutes À Perdre, emblématique de cette période. Leur premier succès ne venait d’ailleurs pas d’une musique, mais d’une courte vidéo absurde de 30 secondes, « Allez, viens ».

Leurs premiers morceaux, dans la lignée de Sexy Sushi, mélangent une techno très simple à des paroles absurdes, tout en spoken word. Mais la composition des morceaux suit malgré tout une écriture pop, qui les rend très accessibles. Ce style très DIY leur a petit à petit ouvert le succès, et en 2014, les voilà très demandés en festival. L’année suivante, ils obtenaient leur premier tube, Techno Toujours Pareil, aux paroles ironiques et fédératrices. Après une escapade solo de Darle et un album concept psychédélique en 2017, ils sortaient « Maison » en 2019. Pour l’occasion, ils rejoignaient le label Pains Surprises, et c’est l’artiste phare du label, Jacques, qui produira le disque.

La formule y restait identique : musique électro minimaliste à l’extrême, et paroles surréalistes en spoken word. Avec toujours cet équilibre difficile entre humour absurde, musique au kitsch décomplexé et univers enfantin et bienveillant. Le tout avec une désinvolture qui faisait leur force. Après cette explosion en plein vol, difficile de décider de ce qu’il y aura à retenir de tout ça.

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