Il y a 10 ans, Lou Reed sortait son pire disque avec Metallica : "Lulu"

Stratégie de l'échec, mode d'emploi : le 31 octobre 2011, le pape de New York annonce la sortie d'un album enregistré avec Metallica. Et voici comment ce qui devait être une réunion métallique au sommet est rapidement devenu une blague inaudible clôturant une carrière sous le signe de l'auto-destruction.
  • Pendant très longtemps, et la première fois remonte à 1967 avec European Son, Lou Reed a aimé faire du bruit, et c'était génial. Même son "Metal Machine Music", réputé difficile d'écoute, est considéré pour beaucoup comme l'un de ses chefs d'oeuvre parce qu'il s'inscrit en rupture complète avec tout ce qu'il alors fait auparavant (nous sommes alors en 1975). 

    Dans les années 80, Lou Reed se transforme progressivement en poète MTV, et voguera difficilement entre albums sympathiques, vrais retours ("New York" en 1989) et disques pénibles à écouter tout au long des années 90 et 2000. Jusqu'à sa consécration ultime avec la tournée "Berlin", magique à sa manière, puisque destructurant encore l'album de 1973 avec la joie d'un gosse cassant ses jouets. C'est à peu près à cette même période que la rencontre avec les zozos de Metallica se produit, sur la scène du Rock and Roll Hall of Fame. Nous sommes alors en 2009, et le groupe des garçons en noir accompagne l'homme en noir. Une espèce d'évidence apparaît alors : et si tous ces Américains étaient faits depuis le début pour jouer ensemble ?

    Même si leur version de Sweet Jane s'avère banale et pénible, rien ne laisse présager de la suite. Deux ans plus tard, dans un événement promotionnel digne de la reformation des Beatles, Lou Reed et Metallica annoncent la sortie de "Lulu", mis en bac pile pour Halloween. Le choix a de quoi surprendre, mais à l'écoute de l'album, on comprend rapidement pourquoi : "Lulu" est une atrocité. 

    En général, quand il est question de fêter l'anniversaire d'un album, c'est parce que ce dernier était largement au dessus du lot. D'une certaine manière, c'est le cas de "Lulu" et sa pochette sanguine; on a rarement entendu quelque chose d'aussi raté, comme si Lou Reed avait poussé Metallica dans un précipice d'où personne ne sortirait indemne. Ni vraiment Lou Reed ni vraiment Metallica, l'album expérimental donne avec le recul l'impression d'écouter cinq personnes jouant dans cinq pièces différentes, la plupart du temps pas en rythme et avec un ingénieur du son parti siroter une bière au café d'en face. 

    La critique, elle, ne s'y trompe pas : Pitchfork met un sévère 1 sur 10 à cette blague qui n'a de métallique que le nom, et rares sont ceux à avoir eu le courage d'aller jusqu'au bout de l'album - ce qui est dommage puisque la seule chanson à sauver est Junior Dad, en clôture, avec ses 19 minutes de rock apaisé.

    « "Ce n’était pas un album de Metallica ni de Lou Reed. C’était Lou Reed et Metallica ensemble, faisant quelque chose de complètement différent [...] A mon avis, Junior Dad est l’une des meilleures choses que nous ayons jamais faites, en termes d’art, de littérature et de musique". (Kirk Hammett) »

    Semblable aux abats d'une boucherie, "Lulu" ne sera pas réévalué positivement au fil des années. Lou Reed, d'ailleurs, ne lui en laissera pas le temps : il mourra deux ans après, à 71 ans, cinq mois après une greffe du foie. Malgré ce départ précipité, les membres de Metallica continuent d'assumer quant à eux cet essai aux allures de récréation entre fans de boucan : James Hetfield et Lars Ulrich confient en interview avoir pleuré pendant les sessions d'enregistrement, et Ulrich ira même jusqu'à dire que si le patron du Velvet n'était pas mort, d'autres albums auraient pu suivre. On n'ira pas jusqu'à se féliciter de la mort du New-Yorkais, mais c'est presque une chance que l'histoire se soit arrêtée après ce disque lourd lourd. 

    A lire aussi