Idir est mort, et la musique kabyle lui doit beaucoup

Samedi soir, à 21h30, le cœur du chanteur kabyle s'est arrêté. À 70 ans, Idir laisse derrière lui une discographie peu épaisse, mais terriblement poétique, populaire, presque systématiquement interprétée dans la langue des montagnes de sa région natale.

Sur le plateau de Michel Drucker, Idir, assisté de Jean-Jacques Goldman, interprète Pourquoi cette pluie ? sous le regard ému de Zinedine Zidane. Ce dernier, les yeux humides, confesse son admiration pour cette figure légendaire de la musique kabyle. Selon lui, c’est un « grand monsieur », et il semble impossible d’infirmer son propos. Non pas parce que les goûts musicaux du Ballon d’Or 1998 font aussi de référence, mais parce que sa réaction souligne l’importance d’Idir pour tout un peuple. Sans pour autant s'y limiter : « Ce n’est pas un chanteur comme les autres. C’est un membre de chaque famille », disait de lui le sociologue Pierre Bourdieu.

Depuis 1976, année de sortie de son plus célèbre single, A Vava Inouva (« Mon petit papa », en VF), traduit depuis dans une quinzaine de langues, Idir n'avait pourtant publié que sept albums studio. C'est peu, très peu, mais c'était à chaque fois la confirmation que d'une guitare folk ou d'une mélopée orientale peut découler toute une région du monde, toute une culture.

Comme dans n'importe quel film hollywoodien mettant en scène une figure héroïque, le destin d'Hamid Cheriet, son vrai nom, aurait pourtant pu être tout autre. Au début des années 1970, il se rêve géologue. La chanson, il ne peut décemment pas y songer sérieusement, surtout au sein d'un pays « avec un seul parti, un seul journal, où l’on nous envoyait des profs pour nous enseigner les fondements du marxisme et faire de nous de parfaits petits révolutionnaires ».

C'est donc tout étonné qu'il apprend, au retour de son service militaire, que Vava Inouva est devenu un réel succès. À tel point qu'un label aussi important que Pathé Marconi souhaite lui offrir un contrat. On est alors en 1975 et Idir prend un avion pour la France, dans l'idée d'« enregistrer un 33 tours ». Dans son appartement parisien, la valise de retour est toujours prête. Idir ne compte pas oublier ses racines, loin de là, mais son destin a basculé : « La chanson m'avait choisi ».

Idir, c'est malgré tout bien plus que de simples chansons que l'on sifflote nonchalamment sous la douche. Il y avait bien ce long-format, « Ici et ailleurs », où il adaptait en kabyle des standards de la variété française aux côtés de quelques vedettes locales (Charles Aznavour, Francis Cabrel), mais les albums de ce fils de berger sont avant tout ensivagés via le prisme de l'universalité. À l'image d'« Identités », un album enregistré en 1999 dans l'idée d'instaurer un dialogue entre les peuples. Cela n'aurait pu être qu'un simple concept à même de promouvoir sa musique, c'est en réalité le symbole d'une véritable obsession, une nouvelle fois assouvie en 2007 avec « La France des couleurs », sorti en plein débats sur l'immigration.

De là à faire d'Idir la voix de tout un peuple ? Sa modestie, qui l'avait poussé à tourner le dos à l'industrie musicale dans les années 1980, l'incitait à se considérer davantage comme un « saltimbanque qui apporte trois minutes de voyage, de rêve, d’éducation parfois ». Mais son impact est réel, et traverse les générations. « Idir, c’est LE chanteur, a réagit le rappeur Sofiane sur Tweeter. Nous apprendrons à nos enfants qui était cet homme et ce qu’il représentait pour nous ». Façon de dire qu’à l’écoute de ses chansons, on entend ce que l’on n’avait jamais entendu auparavant, et que l’on n’entendra probablement plus jamais.

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