Franchement, que vaut "The Slow Rush" de Tame Impala ?

Espéré depuis presque 2 ans, dévoilé titre par titre lors d’un interminable striptease de plusieurs mois, c’est peu dire de « The Slow Rush » qu’il était attendu au tournant. Analyse de l’un des disques phares de 2020 qui, plus qu’aucun autre, enterre définitivement le rock dans un cercueil. Pour le meilleur et pour le pire.

Un montage photo hilarant circule depuis plusieurs semaines sur les réseaux sociaux et, à bien des égards, résume l’attente exacerbée du quatrième album de Tame Impala. D’un côté, des fumeurs de weed cristallisant la première partie de carrière du groupe australien, jusqu’au chef-d’œuvre « Innerspeaker » où le psychédélisme côtoyait l’esprit d’un John Lennon sous acides. De l’autre, des cadres dynamiques trinquant dans un brunch disruptif en écoutant « Currents », l’album du crossover publié en 2015 qui allait faire entrer Kevin Parker dans une autre dimension. Jusqu’à s’inviter à la table de Lady Gaga, Kanye West et Travis Scott, pour autant de collaborations avec des poids lourds de l’industrie américaine lui faisant perdre tout crédit auprès des fans de la première heure. Rien de mieux ne saurait illustrer l’énigme Parker et ses contradictions.  

Pour reprendre les propos du NME, c’est le troisième album, « Currents », qui a permis à Kevin Paker, l’un des derniers guitar hero des années 2010, de faire le saut vers les machines à sous que sont devenus les festivals. Certains parlent d’un hold-up, d’autres, d’une trahison.

On se contentera d’écrire qu’un artiste, pour durer, se doit d’évoluer. Les exemples, à ce titre, ne manquent pas : Bowie, Gainsbourg, Madonna... La liste est longue et tous ont, à un moment ou à un autre, été accusés d’avoir vampirisé l’époque. Kevin Parker, de ce point de vue, n’échappe pas à la règle. Avant même la sortie de « The Slow Rush », l’homme aux cheveux de beatnik ne cachait pas qu’il avait souhaité pour ce quatrième album « sortir de sa zone de confort » et être bien plus inspiré par les Daft Punk et Travis Scott que par de vieux hippies fans de Grateful Dead. Ce changement, en mars 2019 sur le plateau du Saturday Night Live, était flagrant.

Teasé depuis un semestre complet, effeuillé titre par titre (4 au total !) jusqu’à la sortie officielle le 14 février, « The Slow Rush » ne réconciliera pourtant pas les fans dont il était question dans le premier paragraphe. Comme il le disait déjà précédemment (Yes, I’m changing, 2015), Parker en a fini avec le rock à la papa ; et autant dire que les amoureux de « Innerspeaker » peuvent déjà passer leur chemin.

Sur les 57 minutes que durent « The Slow Rush », finalement, peu de surprises. Contrairement à ce qu’on espérait ardemment, aucun featuring, et encore moins avec les Daft Punk (la collaboration aurait été belle). Peu de titres au niveau de ceux précédemment publiés, notamment le single Borderline retravaillé depuis sa sortie en 2019. Plus de synthés, moins de guitares, c’est la synthèse d’une première écoute, la seconde venant confirmer cette impression. Encore une fois, si trahison il y a, elle n’est pas nouvelle : Parker ne cache plus son ambition de « faire une carrière à la Max Martin », ce producteur suédois responsable d’une partie des succès de Justin Bieber, Taylor Swift ou The Weeknd. Kevin Parker, ou une carrière de Pink Floyd à Pink, pour résumer vulgairement.

Si le rock international, le vrai, semble mort avec la décennie 2010, ça l’est d’autant plus sur cet album débuté en 2018 et clôturé en 2020. Groove et basse s’y sont fait une place plus importante, les riffs sont moins nombreux, le chant plus lascif, monocorde ; peut-être pour mieux séduire le grand public et gommer les aspérités dérangeantes qui faisaient jadis le charme de ce groupe connu des seuls intégristes.

Toujours est-il que les meilleurs morceaux de l’album convoquent des fantômes inhabituels : Is it True fait penser au Michael Jackson période Billie Jean, It might be time (qui parle de la peur de la perte du mojo) rappelle que Supertramp a tout de même composé de bonnes chansons ; et c’est sûrement là l’un des meilleurs moments de ce disque inégal où Parker semble comme étirer entre ses origines psychédéliques et son envie d’une discothèque mondiale avec lui dans la cabine DJ (comme on l’entend sur le très dispensable Glimmer).

Rare moment de sincérité sur sa vie personnelle, Posthumous Forgiveness, un titre un peu trop étiré en longueur mais qui permet de mieux comprendre la relation compliquée entre Kevin avec son père, décédé en 2009 d’un cancer de la peau, à 61 ans (extrait : « Je n’ai jamais parlé de ce moment / Où tu nous as abandonnés / Moi, Steve et maman. » Ambiance). Pour le reste, les parties de chants monotones donnent parfois l’impression que les vocales sont toutes semblables et interchangeables, d’un morceau à l’autre.

Alors, que retenir de ce quatrième album, au final ? Qu’il est si différent des débuts de Tame Impala qu’il ressemblerait presque à un premier disque ; et qu’il ne permettra sans doute pas de réunir autour d’une table les deux catégories de public évoquées au début de ce papier. Est-ce un mal, finalement ? Certainement pas. Tame Impala devrait, sauf surprise, être la tête d’affiche de nombreux festivals de par le monde et permettre à des gamins, on l’espère, de racheter des vinyles ou découvrir d’anciens groupes plus obscurs, moins fashion. Le seul et véritable regret sur « The Slow Rush » est que le meilleur titre soit Patience, seul titre dévoilé en 2019 à n’avoir pas été inclus sur le tracklisting définitif. À force de changer pour éviter de se connaître par cœur, Kevin est peut-être tout simplement devenu une autre personne.  

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