Que penser de "Cœur", le nouvel album de Clara Luciani ?

Si ce deuxième album marquera un pas en avant dans la carrière de la chanteuse, avec un succès commercial quasi certain, le parti-pris disco laisse parfois un peu à désirer.

On peut difficilement se mettre dans les chaussures de Clara Luciani. Ni imaginer la pression que la chanteuse française de 28 ans a pu ressentir pour ce deuxième album, notamment quand le succès tombe sur le coin de la figure (même si le sien s’est fait petit à petit). Et que les attentes deviennent fatalement plus lourdes à porter. Mais la pandémie est passée par là. Tout s’est arrêté ou presque. Et comme de nombreux artistes, Clara a eu envie de soleil, de couleurs, et de faire un album « dansant » puisque personne ne le pouvait. Bref, de retrouver la vie d’avant. Elle parle aussi d’un disque « funky », « chic » et « intimiste ». La lune et le soleil en quelques sortes. La mélancolie et la joie réunis sur le même album, son deuxième, baptisé « Cœur », où la chanteuse étale un talent certain pour l’écriture. Et une capacité à fédérer autour d’elle pour créer des tubes très pop, rétros, mais ancrés aussi dans son époque avec une production qui apporte justement cette fraîcheur et cette légèreté presque candide. 

Pour ce deuxième album, Clara Luciani s’est entourée comme sur son premier disque d’Ambroise Willaume (SAGE, ancien membre du groupe Revolver) mais aussi de Breakbot (Ed Banger) et de Pierrick Devin (mixeur, ingénieur du son et musicien qui a bossé aux côtés de Philippe Zdar ou encore Lilly Wood and The Prick). Vincent Taeger (ex Poni Hoax) est également à la batterie. Un beau casting, digne du statut acquis par la chanteuse française.

Mais dès la première écoute de l’album, tout semble trop bien maitrisé. Presque trop réfléchi. Aucun petit grain de folie à se mettre sous la dent, celui qui ferait évoluer ce disque dans sa globalité vers une autre sphère. Par exemple sur Le Reste, morceau phare de l’album, l’esprit « funk » annoncé est plaisant, mais un peu neutre. Si la chanson est un tube, ce léger manque d’audace génère une frustration : et si sur ce titre, Clara avait poussé un peu plus loin l’hommage funk ? Certes, la basse est ultra-présente (un point important dans la musique de la Française), et apporte un certain groove. Mais c’était déjà le cas sur « Sainte-Victoire ». 

Un bémol balayé par Le Chanteur (rien à voir avec Balavoine), l’un des titres les plus aboutis et audacieux de cet album de 11 chansons, qui renvoie aux années où Clara chantait avec les fous furieux de La Femme. Le disque s’enchaîne avec Tout le monde (sauf toi), plus mesuré et sobre, où le spectre de France Gall n’est pas loin. Respire Encore refait un petit bond en avant, comme un élan. Mais là encore, l’aspect « dansant » et « funky » est sur la retenu, comme si cette envie avait été refroidie. Il revient au galop sur le deuxième single de l’album Amour Toujours, plus percutant et culotté. Clara explique dans Libération : « J’ai toujours adoré Abba, Cerrone, Chic, certaines années de Bowie où il faisait du funk. Cet album est un mélange de ça et de variété française très enlevée, presque comme le faisait Dalida… Ou Sylvie Vartan à l’époque de Disco Queen que j’adore ».

On repasse du côté de la mélancolie avec J’sais Pas Plaire, ballade ultra brute et sincère sur laquelle elle chante : « j’sais pas plaire, c’est tout un savoir-faire, il faut aimer s’enrober de mystère, j’sais pas faire, j’sais pas plaire ». Des va-et-vient expliqués dans un entretien avec le journal La Montagne : « J’aime aussi l’instant du slow, de celui où on prend un verre ou on s’assoit. On prend le temps de se retrouver quelques minutes avant de repartir sur la piste. Il y a cette même dynamique dans l’album. C’est beaucoup de tempos et puis arrive la pause cigarette. ».

La fin du disque poursuit son chemin rocailleux, entre la joie et la mélancolie, entre la piste de danse et le moment où l’on se pose pour boire un coup et reprendre ses esprits, donc. On y trouve le duo avec Julien Doré (Sad and Slow), l’enivrant Bandit puis Au Revoir, touche finale à un disque pas en demi-teinte, mais au final loin de vous faire danser dans l’insouciance.

Si la production et la cohérence du disque sont des points forts, tout comme la capacité de Clara à pondre de vraies chansons où l’écriture prend une place centrale, la promesse n'est pas totalement remplie. Ceci étant dit, l'album passe haut la main l'épreuve délicate du deuxième album, et confirme une chose que l'on savait déjà : Clara Luciani fait partie des grandes musiciennes du moment.

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