Pourquoi il faut écouter « Myopia », le nouvel album d’Agnes Obel

Loin du tumulte d’une vie de popstar, c’est dans les recoins de son domicile berlinois qu’Agnes Obel a trouvé un espace où s’isoler, le temps de composer « Myopia », un quatrième album où sa voix, toujours aussi désarmante, amplifie la dimension orchestrale des arrangements.

Dame de grâce. Tranquillement, à l’abri du monde, Agnes Obel est train de creuser un sillon qui la place dans le même alignement glorieux que ses maîtres Scott Walker, Erik Satie, Debussy ou David Bowie et en affinités électives avec ses contemporain.e.s Fiona Apple et Antony (aux côtés de qui tout le monde pensait qu’elle avait enregistré Familiar). C’était il y a quatre ans, et la Danoise profitait simplement de l’enregistrement de « Citizen of Glass » pour expérimenter sa voix, la déformer, la "dégenrer" en quelque sorte. Par instant, « Myopia » déploie les mêmes intentions, mais ce quatrième album est avant tout un retour vers l’intime, une volonté d’allier une approche minimaliste de la musique à une constante recherche de l’émotion pure.

Confessions intimes. Sur la forme, ces dix nouvelles chansons ne bouleversent rien, tant Agnes Obel continue de composer des mélodies à la beauté sans âge, des partitions élégantes qui naviguent avec délicatesse entre pop symphonique et musique de chambre ; l'album est d'ailleurs publié sur Deutsche Grammophon, label référence chez les amateurs des musiques classiques. On pourrait alors penser que la Danoise, installée à Berlin depuis 2006, refuse de s’éloigner d’une recette qui ne cesse d’attirer la clameur des foules (en 2010, « Philharmonics » s’est écoulé à 200 000 exemplaires ; « Aventine », sorti en 2013, avoisine les mêmes chiffres), mais Agnes Obel est de ces artistes qui n’acceptent ni l’immobilisme, ni le confort et les dorures chics d’une carrière passée sous les éloges de l’académie.

À l’écoute de « Myopia », composé de nuit dans son home studio berlinois, c’est au contraire son besoin de solitude qui se distingue, cette envie de transformer les moments douloureux en beauté, cette façon de rendre les silences nettement plus rassurants que perturbants. C'est ainsi que Parliament Of Owls, Drosera et Roscian, semblent inviter, à travers leurs variations infinies, à toutes les interprétations, surtout les plus rêveuses, les plus enchanteresses. On est chez Agnes Obel, après tout, pas chez un.e énième adepte de la débauche électrique.

Hors du temps. Par le passé, c’était l’éternelle question : à l’entendre charrier une telle mélancolie, on se disait qu'Agnes Obel avait forcément connu plusieurs vies, plusieurs deuils. Depuis, on a compris que le décès de son père avait directement inspiré la création de « Citizen Of Glass », mais aussi que la mort était une de ses grandes obsessions.

Poem About Death, placé sur la compilation « Late Night Tales » en 2018, en atteste avec éclat, tandis que « Myopia » s’entend comme une variation sur le thème, avec toujours cette voix angélique et ce sens des atmosphères spacieuses et éthérées qui empêchent sa pop de tourner en rond. Voire d'être plombante : car si Agnes Obel dialogue ici avec ses propres fêlures, ses souvenirs intimes et la nostalgie d'une époque autrefois partagée avec des êtres aimés, ses pièces musicales, elles, ont la douceur et la beauté merveilleusement apaisante d'un baume ou d'un refuge bâti à l'écart du monde, hors du temps.

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